Páginas

jueves, 16 de febrero de 2012

BoCa En BoCa n°18

Boca en Boca es una revista independiente que pretende difundir lo que
ocurre en las comunidades organizadas en Chiapas. A través de résumenes o
fragmentos de sus comunicados el objectivo es denunciar la estrategia del
gobierno y generar solidaridad entre los pueblos.

BoCa En BoCa n° 18


Desde las montañas del Sureste Mexicano.

En este numero 18 del Boca En Boca, les compartamos;

-porque la Sierra Madre en Chiapas decidió tomar libre determinación sobre su defensa, organización...
-la situación del migrante hoy en Chiapas y México,
-el reconocimiento Jtatic Jcanam Lum recibido por el compañero Alberto Patishtan Gómez, y las voces que siguen emitidas desde las cárceles,
-las violencias que vive el ejido de Busiljá, Ocosingo y Banavil, Tenejapa,
-desde Gaza, Palestina, dibujos de niños…

Les recordamos que vía el formato pdf pueden tener acceso directo a los enlaces para más informaciones sobre los comunicados.

Si pueden proponer su traducción en cualquier idioma ¡envíanos un correo!
¡Gracias por ayudarnos a difundirla!

Saludos y Resistencias



L’étincelle écosocialiste

ARTICLE - REVUE RELATIONS
  L’étincelle écosocialiste
logo CJFRelations no 754 
février 2012


 
Par Luis Martínez Andrad

L’auteur, doctorant en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris, a récemment publié Religión sin redención. Contradicciones sociales y sueños despiertos en América latina (Éd. de Medianoche, Zacatecas, 2011).


L’Amérique latine se réveille, se soulève même. En cherchant à rompre avec le mode de production et de consommation dominant, elle brise le continuum de l’histoire et réclame la création d’un autre monde. Pour beaucoup, l’écosocialisme représente cette voie alternative.
 
Durant trois décennies (1970-2000), l’Amérique latine a souffert de l’expérience d’un système capitaliste à visage néocolonial. Certes, partout le système capitaliste se caractérise par le fétichisme du marché, l’accumulation du capital comme but en soi, l’appât du gain, la domination de la valeur d’échange de la marchandise, le productivisme et la logique du profit. Mais à la périphérie, comme en Amérique latine, la domination du capital prend des allures tragiques et grotesques, par le bouleversement des traditions et des identités, la rupture des liens sociaux et l’extinction des peuples et des cultures.
 
La modernité hégémonique masque le vrai visage du capitalisme : la marchandisation de la vie, le saccage des ressources naturelles, la pollution accrue des fleuves, des rivières et des mers, la déforestation – notamment l’agression de l’Amazonie –, bref, la destruction de la nature et la continuité sous bien des formes de l’exploitation humaine.
 
Mais en même temps, les groupes opprimés et les mouvements paysans et indigènes ont appris, essayé et développé des méthodes de résistance, voire des alternatives au modèle hégémonique. Ces pratiques à contre-courant se nourrissent non seulement d’éléments progressistes de la tradition (le respect de la nature, le primat du bien commun sur l’intérêt individuel, le lien avec la terre, l’éthique de la solidarité, l’économie morale), mais aussi des dimensions libératrices de la modernité. Parmi celles-ci, il y a la démocratie au sens non bourgeois du terme, c’est-à-dire la participation et la délibération populaires, et l’utilisation de la technologie en fonction des besoins de la société.
 




Résistances paysannes et indigènes
Au sein des luttes paysannes latino-américaines, nous assistons actuellement à une convergence du socialisme et de l’écologie. Cette alliance participe d’un courant politique contemporain : l’écosocialisme. Le philosophe français André Gorz, un des inspirateurs de l’écosocialisme en Europe, insistait sur la nécessité de reconsidérer le monde vécu comme une dimension essentielle de l’existence et de défendre son milieu de vie dans le cadre d’un processus d’émancipation à l’égard de la rationalité économique dominante. Pour lui, l’économie de la gratuité et l’autoproduction communale coopérative représentent des utopies concrètes pour une véritable écologie politique. À cet égard, les luttes sociales et politiques radicales de deux mouvements sociaux brésiliens sont emblématiques.
 
Pensons d’abord au combat initié par le syndicaliste Francisco Mendès Alves Filho, plus connu sous le nom de Chico Mendes, dans les années 1970-1980. Cette lutte montre bien le lien entre la défense de la forêt amazonienne et le refus du capitalisme agricole prédateur. Fondateur des syndicats ruraux de Basiléia et de Xapuri, dans l’État d’Acre au Brésil, Chico Mendes est l’instigateur d’une lutte non-violente contre la déforestation de la forêt amazonienne portée par les seringeiros – des paysans vivant de la récolte artisanale de latex tiré de l’arbre à caoutchouc amazonien. Avec leurs familles, ils formaient une chaîne humaine pour bloquer les bulldozers de l’agrobusiness et des latifundistes (grands propriétaires terriens). Bien vite, les seringeiros ont trouvé un allié dans les communautés indigènes d’Amazonie. Ensemble, ils ont fondé l’Alliance des peuples de la forêt, en mars 1989. Chico Mendes, qui sera assassiné peu de temps avant, en décembre 1988, par des tueurs à gage à la solde d’un latifundiste, a bien expliqué le sens de cette alliance contre un ennemi commun, le capitalisme prédateur qui envahit leurs terres : « ensemble, nous pouvons défendre la nature qui est le lieu où nos gens ont appris à vivre, à élever leurs enfants et à développer leurs capacités, en harmonie avec la nature, l’environnement et tous les êtres qui habitent ici ».
 
La figure de Chico Mendes illustre trois aspects caractéristiques de l’imaginaire sociopolitique des mouvements sociaux latino-américains : une lutte écologique des pauvres, dont l’enjeu est pour eux une question de vie et de mort; un christianisme de libération exprimé d’une manière particulière dans la théologie de la libération[1]; un marxisme latino-américain (voir l’œuvre de José Carlos Mariátegui) sensible aux dimensions émancipatoires de la religion et des cultures indigènes.
 
Le Mouvement des sans-terre
Une autre lutte emblématique de l’alliance entre le socialisme et l’écologie, qui s’inscrit dans le sillage de l’héritage de Chico Mendes, est portée par le plus grand mouvement paysan de la lutte pour la terre au Brésil : le Mouvement des sans-terre (MST). Celui-ci devient le sujet de sa propre émancipation en pratiquant une politique offensive de réforme agraire, qui consiste à créer des assentamentos – parcelles de terre sur lesquelles s’établissent des paysans sans terre bénéficiaires de la réforme agraire. En 2009, on en dénombrait plus de 8000 dans tout le pays. Cependant, le combat du MST ne se limite pas à la possession de la terre; il vise aussi l’émergence d’une nouvelle société où l’agriculture paysanne, en tant que modèle opposé à celui de l’agrobusiness, sera en harmonie avec la nature. D’une façon générale, ce mouvement paysan essaie de détruire la triade latifundio-ignorance-capital, sur laquelle se fonde le système d’exclusion et de dépossession.
 
Il est vrai que pour effectuer une véritable réforme agraire, il faut changer les structures actuelles du pouvoir. En ce sens, le MST est conscient du rôle important du débat politique et de la lutte sociale. Contrairement à la logique capitaliste, qui est en train d’épuiser les ressources naturelles, une réforme agraire doit changer les paradigmes de production de l’énergie et des aliments, en lien avec la technologie. C’est ainsi que le MST récupère les exigences des ligues paysannes brésiliennes des années 1950 et 1960 et œuvre en faveur de la démocratisation de la société, en prenant au sérieux les rapports de pouvoir et les conflits de classes. Ces ligues paysannes avaient pour but non seulement la réforme agraire, mais également la défense des droits des paysans, l’amélioration de leurs conditions de vie et, bien entendu, la construction d’une société démocratique. Après le coup d’État de 1964, elles furent durement réprimées, démembrées et leurs leaders assassinés.
 
Par ailleurs, le MST a manifesté sa solidarité avec des groupes indigènes non seulement dans leur combat pour l’accès à la terre, mais également dans leur lutte contre l’agrobusiness et la monoculture. En appui à leurs revendications, il garde une distance très critique par rapport aux « projets pharaoniques » de construction de barrages hydroélectriques en Amazonie. Ces projets, qui bénéficient principalement aux élites du pays et aux grandes entreprises transnationales, ont des conséquences environnementales dramatiques. Les critères écologiques sont déterminants dans les prises de décision du MST. La notion de progrès, propre au capitalisme et à sa logique conduisant à la destruction des écosystèmes, ne guide pas les orientations du mouvement, ni celles de la plupart des autres mouvements sociaux. Le MST ne refuse évidemment pas la technologie. Mais il refuse d’en faire une fin en soi, comme le fait l’idéologie de la croissance. En somme, la convergence entre les préoccupations écologiques et les demandes sociales s’exprime autant dans le discours que dans les pratiques de ces mouvements.
 
Projet sociopolitique
Telles sont donc, brossées à gros traits, les étincelles écosocialistes des mouvements sociaux latino-américains. Il va sans dire que ces mouvements ne capituleront pas devant « l’eau glaciale du calcul égoïste » (Marx), dès lors que leurs rêves éveillés continueront à esquisser une société plus égalitaire, plus juste, plus démocratique. En ce sens, l’écosocialisme comme projet sociopolitique interpelle tous ceux et toutes celles qui rêvent d’un autre monde.
 
Car si on prend le cas du Brésil, en dépit de l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement « de gauche » comme celui du Parti des travailleurs de Lula, la réforme agraire reste une demande non satisfaite alors que la production d’éthanol ne cesse de croître. L’alliance que le gouvernement de Lula a établie avec l’agrobusiness a provoqué non seulement une hausse du prix des denrées alimentaires (en raison de la production de carburants à base de soja ou de sucre), mais aussi de terribles conséquences sur l’environnement. D’où l’urgence de pratiquer une démocratie radicale qui aura pour but de rompre avec le système hégémonique et de libérer la nature et les peuples opprimés.


[1] Voir « La théologie de la libération, d’hier à aujourd’hui », Relations, no 752, novembre 2011.