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viernes, 14 de abril de 2017

Les Arts et les Sciences dans l'histoire du (néo) zapatisme


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Les Arts et les Sciences dans l’histoire du (néo) zapatisme

28 décembre 2016.
La nuit d’hier, je vous parlais du désordre interplanétaire qu’avait soulevé la question : "pourquoi cette fleur est de cette couleur, pourquoi a-t-elle cette forme, pourquoi a-t-elle cette odeur ?"
Ok, j’ai exagéré en disant "interplanétaire". J’aurais dû dire : le désordre qu’avait provoqué, dans le microcosme du zapatisme, la question faite par la jeune Rosita au Sous-commandant insurgé Moisés.
Bien que je crois que c’est évident, il n’est pas de trop d’éclaircir la réponse que le SubMoy a donné à la jeune adolescente zapatiste, qui fut la même que celle qui, peut-être, je ne sais pas, c’est probable, c’est une supposition, a donné du carburant à l’avancée de la science depuis ses débuts : "je ne sais pas".

Je pense maintenant que la jeune adolescente savait sûrement que c’était cela la réponse, mais elle espérait que le SubMoy comprendrait qu’à l’intérieur de la fleur, il y avait une question plus grande.
Le SubMoy, nous le savons maintenant, parce que nous sommes ici, dans cette rencontre, savait que la réponse "Je ne sais pas", n’était pas seulement insuffisante mais qu’elle serait en plus inutile si elle n’amenait pas à d’autres questions.
Lui vous parlera maintenant d’en quoi consiste, comme qui dirait, le contexte de la question... et de sa réponse.
Moi, c’est maintenant mon tour de vous parler brièvement un peu de la préhistoire de cette question et de cette réponse.
Les arts et les sciences avant le début du soulèvement, à l’intérieur de l’euzedélène, avaient un univers très réduit, et une brève histoire : les deux, sciences et arts, avaient un motif, une direction, une raison imposée : la guerre.
Tout d’abord dans les campements guerrilleros, ensuite dans les casernes, et après dans les communautés, les arts se limitaient à la musique, à la poésie et à un peu de dessin et peinture, toutes exclusivement avec des messages révolutionnaires. Evidemment, il était courant que viennent rapidement s’y coller des chansons d’amours et de désamours, des corridos, des rancheras, voire même une ballade de Juan Gabriel, mais cela, c’était dans la clandestinité de la clandestinité.
Le ciné ou la cinématographie avait pour salle exclusive, ou "VIP", notre imagination. Un des insurgés nous racontait toujours le même film, mais trouvait la manière de le modifier à chaque occasion ou de le mélanger avec d’autres. C’est comme ça que nous avons vu l’original et plusieurs "remakes" de "Enter the dragon", avec Bruce Lee comme rôle unique, parce que le compa passait de heures à nous expliquer tous les mouvements et les coups. Ca a continué comme ça jusqu’à ce qu’avec un petit générateur et un bruyant et encombrant projecteur de 16 millimètres, nous vîmes le film vietnamien qui je crois s’appelait "Punto de Enlace" ou quelque chose comme ça, et qui, bien sûr, n’était qu’en langue originale, et donc remplis d’imagination, nous mettions des dialogues en espagnol et faisions un autre film à partir du film original. Je ne suis pas sûr, mais je crois que cela s’appelle une "Intervention artistique".
J’attire l’attention là-dessus, car je crois que c’était la première fois que confluèrent les sciences et les arts dans un campement zapatiste. Et pour les sciences, je ne me réfère pas au générateur portatif et au projecteur, mais aux pop-corns de maïs que quelqu’un eu la bonne idée d’inclure avec l’envoi de l’appareil et du film.
Bien sûr, nous nous sommes jetés sur le pop-corn au cri de "manger aujourd’hui ou mourir demain", et le jour suivant le slogan est quasiment devenu réalité : dès l’aurore, touché par une diarrhée collective, le bataillon insurgé dans son ensemble abandonnait le lieu comme si un troupeau de sangliers y avait élu demeure. Nous nous consolâmes après coup, en nous disant que c’était une démonstration de guerre bactériologique. Moralité : faites attention aux slogans.
Le contact avec les peuples a agrandit cet horizon limité : dans les célébrations, les compas établissaient des emplois du temps pour "le programme culturel", disaient-ils, et "pour la fête". Ainsi, durant un horaire qui s’est raccourci avec les années, on déclamait des poésies, on lisait des réflexions et on chantait des chansons, toutes de lutte. Peu à peu, "la fête" a amplifié sa durée et sa qualité. C’était durant cet horaire qu’on dansait et chantait ce qui était à la mode à cette époque. Les musiques, dirons-nous "commerciales", ont à leur tour commencé à être remplacées par de la production locale. D’abord, en changeant les paroles des chansons ; ensuite, en composant aussi la musique.
Les danses changèrent : des files qui se faisaient front, aux danses de couples. Originellement, dans les danses des villages, on mettait deux lignes : une de femmes, et, en face, une d’hommes. Ça avait sa raison d’être : avec la ligne déployée des femmes, les mamas pouvaient avoir un œil sur leurs filles, et voir si elles s’échappaient ou s’en tenaient au va-et-vient continu de "Celle au ruban coloré". Postérieurement, petit à petit et après des assemblées houleuses, la danse de couple a été autorisée, bien qu’avec le même rythme. Mais la ligne pesait, et il était donc normal de voir un couple danser, mais avec elle regardant d’un côté et lui du côté contraire. Le théâtre ou "signe", était très sporadique. Les dessins et peintures des journaux muraux de la montagne déménagèrent vers les communautés, mais les thèmes restèrent les mêmes.

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S’il vous semble que l’activité artistique était clairsemée, l’activité scientifique était pratiquement nulle (car le livre d’Isaac Asimov que le défunt portait dans son sac ne compte pas comme science). Pour le contact avec la nature, nous utilisions les connaissances des communautés, c’est-à-dire que nous nous limitions à connaître les faits, sans savoir l’explication, ou en les expliquant à partir des contes et légendes qui circulaient dans les communautés.
Par exemple, le temps des pluies et les étapes de semence. Il y avait des informations empiriques qui indiquait qu’il allait pleuvoir ou non, et statistiquement, ça fonctionnait. Dans les campements de la montagne par exemple, quand les moustiques augmentaient en nombre et agressivité, ça voulait dire qu’il allait pleuvoir. Evidemment, nous avions aussi des baromètres et altimètres mais les moustiques étaient plus précis. Si vous nous aviez demandé alors quelle était la relation entre les moustiques et la pluie, nous aurions répondu "je ne sais pas", mais nous ne serions pas allés plus loin, et nous savions que ce qu’il fallait faire c’était de mettre des bâches en plastique ou se dépêcher d’arriver au village ou au campement, pas de faire de recherches scientifiques.
Le plus scientifique qui se faisait était de calculer l’énergie et les trajectoires des balles, la résistance des matériels (car il fallait savoir où se protéger des tirs de l’ennemi), d’aligner les vues téléscopiques, la fabrication d’engins explosifs, et la "navigation terrestre" avec l’utilisation de cartes, d’altimètres et de l’inclinomètre, raison pour laquelle il était nécessaire d’étudier des bases de trigonométrie, d’algèbre et de calcul. Nous étions sur le point d’apprendre à utiliser le sextant pour pouvoir nous orienter de nuit, mais nous n’en sommes pas arrivés aussi loin. Et ça n’était pas nécessaire, car les compas des villages connaissaient tellement bien le terrain qu’il n’avaient besoin d’aucune machine pour s’orienter. Et ils pouvaient "prédire" des phénomènes naturels à partir d’autres, ou à partir des us et coutumes.
Le monde était alors habité par des personnages magiques, avec L’Homme-au-Sombrero et Xpaquinté parcourant les chemins de terre, les tranchées et les sentiers dissimulés, qui venaient s’assoir avec nous dans les campements insurgés des montagnes du sud-est mexicain.
En médecine, on appliquait deux méthodes fondamentales. Comme nous ne connaissions pas l’existence du soin avec les quartz, le biomagnétisme ou des choses similaires et de même rigueur scientifique, nous utilisions du coup la suggestion imposée et l’autosuggestion. Comme souvent nous n’avions pas de médicaments, si nous avions de la fièvre, on se disait et on se répétait : "je n’ai pas de fièvre, tout ça c’est dans ma tête". Vous ça vous fait rire peut-être, mais le défunt Sup Marcos racontait que lui avait affronté plusieurs cas de salmonellose avec cette méthode. "Et ça fonctionnait ?", lui avions-nous demandé à cette occasion. Et lui avait répondu, avec son habituel modestie : "Bin regardez-moi, je suis vivant et plus beau que jamais". Bon, ça, c’était avant qu’on le fasse mourir.
Lorsque nous avions des médicaments, nous utilisions la méthode scientifique de "l’essai et l’erreur". C’est-à-dire que quand quelqu’un tombait malade, nous lui donnions un médicament, s’il ne guérissait pas, un autre, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on trouve celui qui marche ou que la maladie cède, sûrement fatiguée par cette méthode.
Une autre méthode scientifique de soin s’appelait "le coup de fusil". Si quelqu’un avait des symptômes d’une infection, nous lui donnions un antibiotique de large spectre. Il guérissait quasiment toujours, et bien sûr, il restait chimiquement pur, avec le minimum pour survivre jusqu’à la prochaine infection.
Des années plus tard, raconte le défunt, les traitement médicaux qu’il prescrivait se basaient sur une statistique simple : dans la montagne, tel et tel symptôme se soignent avec tels médicaments dans X % des cas ; si, sur une troupe de X combattants, tant sont malades avec tels symptômes, il y a X % de probabilités qu’il s’agisse de la même maladie.

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Une anecdocte de montagne, racontée aussi il y a des années de cela par le défunt SupMarcos, peut servir pour contraster avec la situation d’aujourd’hui que nous vous montrons : le défunt racontait que lors d’une exploration dans les profondeurs de la Forêt Lacandone, une section insurgée d’infanterie se retrouva éloignée du camp de base, se voyant obligée à passer la nuit sans autre couverture que les cimes des arbres et le feuillage des plantes ; ils firent un feu pour voir s’ils pouvaient griller une vipère nauyaca, qui était le seul animal qu’ils avaient pu chasser. Le SupMarcos n’était pas "sup" à ce moment-là, mais lieutenant insurgé d’infanterie, et il était le dirigeant de cette unité militaire.
Comme c’était la coutume à cette époque, quand la nuit finalement descendait des arbres et s’asseyait à côté des insurgés, venaient aussi s’asseoir près du feu, avec les ombres, toutes sortes d’histoires, de contes et de légendes qui, entre autres choses, ont pour mission de calmer la faim et de sécher les vêtements que la sueur et la pluie avaient détrempés. Le lieutenant d’infanterie d’alors se tenait à l’écart, se limitant à écouter ce que disait la troupe.
Il était arrivé à l’un des nouveaux qu’alors qu’il marchait sur le sentier, le frôlement des feuilles de la plante appelée La’aj, ou Ortie, lui avait provoqué de l’urticaire sur l’une de ses mains, qui avait enflée. Tout en s’affligeant et se plaignant, la recrue demanda à un autre combattant pourquoi, ou qu’est-ce que pouvait bien avoir cette plante pour faire tellement mal.Le vétéran, se sentant obligé d’instruire le nouveau, lui répondit : "Ecoute compa, je te le dit clairement, ça, il n’y a que Dieu et la petite feuille pour le savoir".
Peut-être que c’est pour cela que le défunt SupMarcos, quand il était le porte-parole zapatiste, abondait et redondait en légendes, contes et anecdotes faisant davantage référence à des explications de la réalité reliées à la culture ancestrale. Les contes du Vieil Antonio, par exemple.
Si le défunt était une fenêtre pour se pencher vers le zapatisme d’alors, et que maintenant c’est le Sous-commandant insurgé Moisés, ce n’est pas qu’on ait seulement changé de fenêtre, mais aussi ce qu’on voit et ce qu’on écoute à travers. Le zapatisme d’aujourd’hui dans les communautés est quantitativement et qualitativement différent non seulement de celui d’il y a 30 ans, mais surtout de celui des 10-12 dernières années, qui est la période durant laquelle a dû naître l’enfant qui s’auto-dénomme "Défense Zapatiste".
En disant cela, je veux vous dire que si les enfants d’il y a 25-30 ans sont nés dans le préparatif du soulèvement et que ceux d’il y a 15-20 ans naissent dans la résistance et la révolte, ceux des 10-15 dernières années naissent au sein d’un processus d’autonomie déjà consolidé, avec de nouvelles caractéristiques dont certaines, la nécessité de la Science figurant parmi elles, vont être abordées par le Sous-commandant Insurgé Moisés, à qui je cède maintenant la parole...

Paroles du sous-commandant Moisés

Bonne nuit, frères et soeurs, compañeros, compañeras.
La science dont nous parlons ici, nous, les femmes et les hommes zapatistes, nous voulons de la science pour la vie. De ce que vous a dit le sub Galeano, c’est juste pour vous dire que ça suffit, je ne vais pas vous en expliquer plus à ce sujet ici. La science oui, on l’a étudié aussi quand on était dans la montagne, à se préparer. Et quand on est sorti pour appliquer la science, c’est-à-dire la guerre, tuer et mourir, nos compañeros et compañeras des villages, les bases d’appui, eux et elles nous ont parlé d’une autre forme de comment faire la guerre sans perdre les principes de ce qu’on veut. Et de là nous, les combattants et combattantes, la bonne chose, c’est qu’on a reconnu qu’il y avait quelque chose au sein de nos compañeros et compañeras, je veux dire des villages. Et donc de là, on a commencé à apprendre, on a commencé à comprendre et on a commencé à savoir qu’être une armée, que ce soit l’une ou l’autre armée, l’armée du riche ou l’armée du pauvre qui lutte, c’est excluant, parce qu’à l’intérieur ce n’est pas tous les hommes et femmes et les enfants. Et ce que nous ont soumis nos compañeros et compañeras, c’est de lutter ensemble pour arriver à ce que nous voulons, et ils nous ont dit que donc pour ça, l’arme qu’il faut pour lutter, c’est la résistance et la rébellion.
Et comme du coup ce dont il s’agit, c’est que nous ne voulons pas du mauvais gouvernement, du mauvais système, ce qu’il s’agit c’est de rejeter toutes les formes de comment ils nous manipulent. Et donc nous, les combattants, les insurgés, les insurgées, nous nous sommes mis à apprendre la forme de comment ça consiste, de comment il faut faire cela. Et donc, nous, les hommes et les femmes, nous avons compris comment il faut se battre ensemble, hommes et femmes. Comme de fait les communautés vivent en commun jusqu’à maintenant, en collectif on peut dire, là maintenant le système, le mauvais gouvernement il tente de les diviser, mais même il n’a pas encore réussi. Les communautés elles-mêmes, elles se comprennent. Par exemple, dans certaines communautés il y a plusieurs partis politiques, ou il y a plusieurs religions, mais elles sont dans une communauté. Si dans cette communauté un bout de terrain est envahi par une autre communauté, directement, la communauté envahie, ils se rassemblent, c’est-à-dire qu’ils oublient ce qu’ils sont, qu’elle est divisée en plusieurs partis politiques ou en plusieurs religions. Ça, là où ça fonctionne, là où ça ne s’efface pas ce que ça signifie être commun, être communauté.
Donc de là, nous on a commencé à comprendre cela qu’ils nous disaient, ce que nous avaient dit nos compañeras, compañeros bases d’appui, qu’ils va falloir combattre ensemble. Et donc ça a été plus, ça a été bien meilleur que ce que eux et elles avaient pensé. Parce que donc ce n’est pas seulement le combattant qui se bat, mais tous et toutes, et donc nous, les combattants, on a commencé à travailler ensemble avec eux. Et alors ce qui s’est passé c’est que du coup dans cette lutte, dans cette organisation, est apparue la forme de comment il faut que soit ce qu’on cherche. Et donc avec leur autonomie, avec leur gouvernement autonome à nos compañeros et compañeras, a commencé ce que nous nous ne connaissions pas durant l’époque de la clandestinité, dans notre préparation. Et alors on a compris ça, que c’est ça la forme de comment on pense de comment on peut faire le changement. Et cela, au fil de ces moments qu’on a traversé tout au long des 23 ans que nous sommes en train de faire l’auto-gouvernement avec nos communautés, et bien la vérité, c’est que depuis lors nous n’avons pas autant de morts par balles, de blessés ou de torturés, de disparus, par rapport ce que nous on a vécu au début, en 1994. Au cours de ces 23 ans, ce que nous ont montré les compañeros et les compañeras, c’est qu’il y a une autre forme de comment faire la guerre au système, qui ne fait pas mourir et qui ne fait pas se tuer. Mais pour cela, il y a besoin d’organisation, pour cela il faut des accords, pour cela il faut du travail, et pour cela il faut lutter et le mettre en pratique.
Nous voyons maintenant qu’avec cette arme de lutte qu’est la résistance et la rébellion, la vérité c’est que le système n’a rien pu faire avec nos compañeros et nos compañeras. Ils ont tout fait pour les faire abandonner, mais le système, il n’a pas pu, parce que, parce que les compañeras et les compañeros l’ont déjà vécu durant les 23 ans, ce que elles et eux ils ont construit. Comme le disait très bien le sub Galeano, nous-mêmes, nous sommes restés surpris, parce que ça même nous, on n’en rêvait pas, on ne le voyait pas. Et donc, vu que tout ce qu’ont réussi les compañeros et les compañeras, c’est au travers de leur pensée, c’est à travers leurs nécessités de ce qu’il y a besoin et de ce qu’il faut penser, qu’est-ce qu’il faut faire après ce que du coup on a réussi à améliorer en partie, ou comment continuer à avancer pour faire le bien de nos villages, je veux dire ?
Et donc maintenant, les mêmes compañeras, compañeros, font la preuve entre eux et entre elles. Et puis et bien les mamans et les papas, évidemment ils les encouragent, parce qu’ils n’avaient jamais vu ça en fait. Par exemple, il y a des compañeras qui sont déjà - je sais pas comment on dit, ceux qui aident les docteurs à leur passer les instruments, comme les mécaniciens : que là, prends ta pince, là, prends ton marteau, là prends ton palet.. quel que soit le nom que ça s’appelle, bon, mais du coup maintenant, les compañeras, c’est elles qui l’aident le médecin pour lui passer ce qu’il a besoin au moment où le médecin fait la chirurgie. Elles savent déjà utiliser du coup l’appareil d’ultrasons, et les médecins leur ont déjà dit du coup qu’elles peuvent déjà dire, ou bien diagnostiquer, quoi, qu’elles savent déjà lire ce que montre la plaque ou la photo qui sort de l’ultrason. Et pareil avec plein d’autres appareils : c’est bon, les compañeras savent déjà les faire fonctionner, des trucs de dentistes, de frottis de dépistage et de plein d’autres choses de la santé, de l’aire de la santé, des trucs de laboratoire quoi.
Et bien cela on le pensait pas, et donc maintenant, nous on réfléchi, et on se dit : en 23 ans de rafales de tirs, est-ce qu’on aurait construit ça ? Et notre réponse à nous, c’est qu’on ne serait pas en train de parler ici maintenant avec vous, frères, sœurs compañeros, compañeras, hommes et femmes de science, si ça avait été 23 ans de rafales. On ne se serait pas connu quoi. Mais grâce à leur manière de voir, à nos compañeros et nos compañeras, on est ici, en train de discuter avec vous, quoi. Et il a été tel, leur avancée à nos compañeros et nos compañeras, que, bien sûr, il a fallu se débarrasser de son fonctionnement à l’exploiteur, au capitalisme quoi et au mauvais gouvernement, pour avancer en créant eux-mêmes comment ils la pensent eux, leur liberté. Qu’on l’a conquise et qu’on commence à construire avec notre manière de la comprendre quoi.
Et donc c’est comme ça que maintenant, ils ont leur éducation, leur agroécologie, leur radio communautaire, qu’ils font leurs propres partages d’expériences. Ils font leurs mises en partage, nos compañeros et compañeras, parce que ce dont on a besoin, c’est la vie. Un exemple quoi, comme celle que nous a déjà donné le SubGaleano, dont on lui a déjà parlé. Ce truc par exemple qu’ils se partagent, de comment on fait pour que quelqu’un ne meure pas, comme dans le cas d’une des questions . Du fait que ça se faisait de faire frire le placenta du bébé, ou qu’on le fasse bouillir, afin qu’on fasse revenir la vie, quoi. Mais ça, ça se fait avec un, simplement... avec une lutte quoi. Il n’y a pas d’études réelles que ça, ce soit la meilleure manière, quoi.
Et donc, comme il y a déjà plein de générations déjà qui sont déjà passé par là, de là ce que le subGaleano vous disait, de la faute de la fleur . C’est que dans l’Education Autonome Zapatiste qui a déjà tellement avancé, et bien déjà, les jeunes adolescents et les jeunes adolescentes ont vu qu’ils ont appris plein de choses. Et donc, ce qui s’est passé, c’est que le fils d’un compa, il a commencé à demander - c’est le fils d’un compa qui est des Tercios Compas -. Et donc le fils, il a dit à son père, vu qu’il avait terminé sa primaire - le premier niveau, comme ils l’appellent, les compañeros dans les villages-, et donc, le fils du compa, il lui a dit : "papa, j’ai terminé mon école, mais je vais continuer, parce que je veux apprendre plus". Et donc le Compa Tercio, le papa, il lui a dit : "fils, laisse-moi me renseigner, parce qu’on est encore en train de planifier le second niveau, c’est-à-dire le secondaire, comme on dit, on est en train de le planifier. Parce que l’éducation qu’on veut, ils vont pas apprendre des choses qui vont servir à rien si on en a pas besoin, que ça soit réfléchi, qu’est-ce qu’ils vont apprendre pour servir à quoi", a dit le compa à son fils. Et donc le petit, qui doit avoir dans les 13, 14 ans, donc il lui dit : "papa, ne te mets pas à penser que tu vas m’envoyer ici, au Cideci . Parce qu’au Cideci, on apprend la couture, la cordonnerie et d’autres choses encore, mais tout ça, on peut le faire ici, au Caracol . Il manque juste qu’ils se mettent d’accord pour le faire", qu’il a dit le petit à son papa. Et donc le petit, il dit : "moi, ce que je veux apprendre, c’est quelle substance il y a dans l’estafiate" , et qu’est-ce qui soigne dedans. Et donc le compa - mais bon, son fils il est présent ici quoi ! - ce qu’il voulait, c’est que moi je lui dise quand et où c’est possible d’apprendre ça. Et donc moi je lui ai dit "bon, laisse-moi voir, parce que moi je sais pas".
Et donc moi, je suis resté tellement surpris ! et bon en même temps qu’est-ce que c’est bien ! Même moi je suis resté à me demander : "Et est-ce que vraiment on pourrait apprendre ça ?". Et donc, en discutant avec le Sub Galeano, il me dit bon, ça, ça correspond aux scientifiques, la science, ceux qui étudient la science, les scientifiques quoi. Et donc, ce qu’on voit, c’est donc que les générations qui viennent, ils envisagent déjà quelque chose d’autre. Et la bonne chose c’est qu’ils réfléchissent, parce que le garçon que je vous ai parlé, c’est parce que dans les Communautés il y a des moments de partage, comme on dit, des mises en partage dans les trois aires de travail, c’est-à-dire là où les compañeros et les compañeras vont pour s’échanger des expériences sur les plantes médicinales, entre accoucheurs et accoucheuses, hueseros et hueseras. Et c’est là où le petit, il a entendu ça, de plein de plantes qu’on parle qu’elles soignent ci et ça. Non ? Mais on ne sait pas ce que c’est, quelle substance elle a quoi, c’est là qu’il a appris ça, quoi.
Et donc leurs propres pratiques à ceux qui font, leurs propres connaissances à ceux qui font, aux compañeras et compañeros dans les villages, cela, ça va comme ouvrir des expériences. Mais en même temps, ça va ouvrir d’autres nécessités de vouloir apprendre plus, quoi. Et donc moi, je crois qu’en écoutant déjà ce qu’on est en train de dire entre nous, et bien pourvu que vous veniez par ici, à mettre en pratique avec un village quoi, en collectif. Ça leur ferait très plaisir, aux compañeros et aux compañeras, pour que du coup, on profite mieux de ce savoir. Parce qu’avec le peu qu’ils ont, les compañeros et les compañeras, que ça donne un... comment je pourrait vous dire ? Enfin ça veut dire de ce qui se fait, de ce qu’ils construisent, les compañeros et les compañeras, bien sûr qu’ils le voient les autres frères, les autres sœurs qui ne sont pas zapatistes. Par exemple, dans les hôpitaux qu’ils ont, les compañeros, dans les hôpitaux autonomes, c’est plutôt les frères et les sœurs des partis qui sont opérés là-bas, plus que les zapatistes. Et donc c’est là où les gens non zapatistes - des partis comme on dit - c’est là où ils se rendent compte que donc c’est mieux ce qu’ils font les zapatistes. Ils leur disent même directement, que c’est vraiment beaucoup mieux ce qu’ils font les zapatistes. Mais ce n’est pas seulement là-dedans que les compañeros et les compañeras font les petites avancées, comme il y a eu dans la santé, mais ils aident aussi à orienter, c’est-à-dire à faire de la politique quoi, de pourquoi ils sont trompés de cette manière, ou pourquoi ils sont manipulés, ou pourquoi ils sont dominés comme cela, quoi.
Et donc si il y avait plus de soutien par le biais de la science, et bien de cette manière il y aurait plus d’avancées des compañeros et des compañeras, quoi. Et donc c’est ça qu’on veut vous dire, que pourvu que donc on commencera véritablement ici, avec nos compañeros et compañeras dans les villages, et qu’on voit peu à peu comment faire pour qu’il y ait des classes, des ateliers, des choses pratiques, parce que les compañeros, ce qu’il voient de tellement intéressant et de tellement important pour affronter l’hydre capitaliste, c’est que c’est de cette manière qu’il faut améliorer la santé, qu’il faut améliorer l’alimentation. Mais que pour ça il faut apprendre, qu’il faut la science. Les compañeras et les compañeros ils font, mais comme on a déjà dit plusieurs fois, c’est à travers des us et coutumes quoi, c’est-à-dire que tu fais la preuve que si tu sèmes du maïs ici, à voir si ça va marcher. Ou les courgettes. Ou les camotes. Qu’est-ce qui va pousser là ? Parce qu’ici, il n’y a pas une étude de la science, de qu’est-ce qui va pousser, là, sur cette terre, et qu’est-ce qui, ici, sur cette partie, et bien non. C’est beaucoup de souffrance comment là on vit, mais si on voyait qu’il y a une science, un laboratoire par exemple, ici oui ça serait différent, ça ne serait pas seulement d’essayer mais que c’est bon, c’est ça, parce qu’il y a une étude scientifique de ce qu’il manque à la terre-mère, ou que ce qu’elle peut donner ici, c’est ça.
Et donc de cette manière, on le voit. C’est comme ça que les compañeros et les compañeras étudient, et donc c’est de là qu’est né ce pourquoi nous sommes ici. La vérité c’est ça, que c’est l’estafiate qu’il a parlé le petit, qu’il veut savoir quelle est la substance, et que donc de là déjà ça se voit que les autres derrière sont là. Que les Écoles Autonomes Zapatistes sont face à un autre besoin par rapport à ce que veulent apprendre les jeunes, quoi.
Donc, frères, soeurs, compañeros, compañeras, nous vous invitons avec les compañeros et compañeras à ce que nous formions un collectif quoi, comme c’est en collectif que avançons, nous les zapatistes, et que donc, nous montrions ensuite au peuple du Mexique que le peuple, le peuple lui-même peut créer la forme de comment vivre, et que nous n’avons pas besoin de quelqu’un qui manipule ainsi notre richesse, ou qui les exproprie de ce qui est à nous comme peuple. Personne d’ autre que nous en tant que peuples quoi. Et que pour cela, nous avons besoin d’être à côté des peuples originaires, et avec la science des scientifiques, et la science des artistes, que nous avancions en imaginant, ou en construisant, ou en pratiquant, et que nous avancions en nous démontrant à nous-mêmes que oui, c’est possible, comme les compañeros et compañeras des bases d’appui. Sans rien d’autre que leur propre effort, leur propre résistance et leur propre pensée de voir et de créer, d’imaginer, ils ont démontré, alors même qu’ils ne savent pas lire ni écrire et qu’ils ne dominent pas bien l’espagnol, mais ils l’ont fait concrètement ce que nous disons ici, que le système, ici, le mauvais gouvernement du Mexique a été mis de côté, et que nous pratiquons ce que nous nous pensons, ce que nous-mêmes, nous créons. Mais nous nous sentons seuls, parce que ce n’est pas seulement nous, les indigènes au Mexique qui sommes exploités, mais il y a les frères et les soeurs de la campagne et de la ville quoi. Mais pour cela, on a besoin des Sciences, de comment nous allons devoir construire un monde nouveau quoi.
Nous en avons besoin, on en sent tellement la nécessité, comme là, ce gosse dont on est en train de parler, qui réfléchit bien qu’il est encore un gosse, sur ce qu’il veut connaître, ce qu’il veut savoir. Parce que c’est tellement important la substance que contient l’estafiate, parce qu’il écoute tellement de choses dans le collectif ein, je veux dire durant les moments de partage que se font les compañeras et les compañeros. Donc c’est ça que nous voulons vous proposer, que donc on puisse s’unir, pour créer une autre forme de voir, une autre forme de penser, d’imaginer comment nous devons avancer en construisant un changement qui soit réellement le changement, pas seulement le nom, pas seulement un changement de couleur quoi.
Cela, c’est ce qu’on pourrait partager avec vous, compañeros et compañeras, frères et soeurs.
Sous-commandant insurgé Moisés
Sous-commandant insurgé Galeano

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