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viernes, 30 de abril de 2021

« Journal de bord » : Caravane Maritime Zapatiste a commencé son invasion rebelle



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Lundi 26 avril : Arrivée au Caracol de Roberto Barrios


La caravane zapatiste est arrivée lundi 26 avril dans l'après-midi, au Caracol de Roberto Barrios, près de Palenque, région tzeltal y ch’ol du nord de l'État du Chiapas, ultime escale avant sa sortie du territoire zapatiste pour la péninsule du Yucatan. L'Escadron 421, composé de quatre femmes, deux hommes et un.e autre (otroa) lèvera l'ancre le 3 mai pour l'Europe (jour de « Chan Santa Cruz »), qui, bientôt, sera renommée SLUMIL K'AJXEM'OP (« Terre rebelle », ou « Terre qui ne se résigne pas, qui ne s'évanouie pas »).



A l'entrée du Caracol V, « Celui qui parle pour tous », la compañera Libertad complète le registre d'inscription avec les identités des accompagnants de la caravane. Sur son épaule, une petite perruche rebelle retient mon attention. Je lui demande si elle a participé à la dernière rencontre de femmes, tenue dans l'espace Comandanta Ramona en décembre 2019 et lieu de départ de l'Escadron 421. Je les reconnais car ma copine Apo de la collective Femmes et dissidences de la sexta de l'Autre Europe et d'Abya Yala, les a photographié là-bas.


Libertad m'explique que Marcelino, son compagnon de lutte, son « cariño Titirino » qui l'avait accompagné à la rencontre de femmes et durant de nombreuses luttes, venait de mourir trois jours plus tôt, à l'âge de 14 ans. Celle qui l'accompagne aujourd'hui est Kina, « vert de la nature » en maya. Elle l'a sauvé des mauvais traitements de « partidistas ». Elle me raconte que très souvent, elle lui dit : « Pars Kina, tu es libre. » Mais sa compagne de résistance reste près d'elle. « Elle adore se percher dans les arbres pour manger des fruits, surtout des mangues et du tamarin. Comme on a vu qu'elle aimait ça, on a planté d'autres arbres à la maison. », poursuit-elle.

Protéger et défendre la nature, la remercier de rendre possible la vie ; ce même message est celui qui a été partagé au cours de la journée du lendemain.





Mardi 27 avril : Dernières salutations en terre zapatiste

Les cérémonies ont débuté à midi. Les milicien.nes de l'EZLN ont tout d'abord formé un cercle autour de la "grande ceiba", centre du Caracol V. Puis les sept membres de la délégation maritime sont venus poser leur main sur le tronc du gigantesque arbre : « la grande Ceiba, l'arbre mère, celle qui soutient le monde ». Puis, dans l'auditorium, autour de fleurs et bougies, les ancien.nes ont prié en maya.

Les bases d'appui zapatistes ainsi que le membres du Conseil de bon gouvernement et du Comité clandestin révolutionnaire indigène (CCRI) ont ensuite pris la parole. Voici quelques extraits de la parole collective des hommes, femmes, enfants et ancien.nes zapatistes, ont donné ce mardi 27 en l'honneur de la sortie de la délégation vers les terres lointaines :

Compas Fidel, du municipe autonome Vicente Guerreo :
« Nous espérons que les compañeros prennent soin de cette graine, qu'ils la plantent, et qu'ils la fassent grandir » […] Ils ont décidé de porter la graine de la résistance et de la rébellion de par le monde, car c'est ainsi que nous démontrons amour et respect pour la vie, car c'est ainsi que nous voulons vivre, en paix, sans la destruction que provoque le système capitaliste […] Si nous ne défendons pas la vie, la mort viendra. Les compas sont disposés à porter cette graine aux cinq continents […] Aujourd'hui, nous disons au revoir à nos compañeros qui partiront en voyage. Ces compas sont volontaires de cœur et ils portent la graine de la vie que nous, en tant que zapatistes, depuis des années, nous construisons et récoltons. Et nous voulons que cette graine arrive en terres européennes. Nous espérons que les frères européens la mettent en route. […] L'idée est de visiter les cinq continents car nous savons que le système capitaliste ne se trouve pas dans un seul lieu, il est dispersé au niveau mondial. […] Nous ne permettrons pas que le système capitaliste nous détruise, il nous oblige donc a bouger, pour pouvoir ainsi nous défendre. […] Aujourd'hui, le message et la graine zapatiste doit aller plus loin, arriver jusqu'aux personnes sans distinction de couleur ou de langue. »

Commandante Jaquelin, pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène :
« La sortie de la délégation zapatiste ouvre une opportunité de nous connaître, de nous écouter, de nous voir. Nous les mandatons pour qu'ils portent la graine de la lutte pour la vie de l'humanité et de tous les êtres vivants qui habitent en elle […] Nous avons été obligé de prendre le décision de sortir malgré le virus qui nous maintient enfermés. Le système capitaliste ne s'arrête pas et avance, et avec lui le saccage, la spoliation et la destruction des êtres vivants, comme c'est le cas avec le train Maya, le couloir transocéanique, entre autres […] Nous avons vu qu'il est nécessaire d'écouter la douleur, les rages et les rêves de frères d'autres parties du monde. […] Nous sommes toujours vivants malgré cinq siècles de guerres d'extermination. Les conquistadors nous ont soumis dans les fincas, mais nos ancêtres ont résisté à cette guerre d'extermination. A tous les peuples originaires du monde entier qui ne sont pas encore organisé ».



Après ces dernières activités, l'Escadron 421 a rejoint sa zone de repos et pour finir la journée. Les bases d'appui et les accompagnants de la caravane ont profité de la soirée, comme toujours lors des rassemblements, pour sautiller ensemble au rythme des cumbias et corridos, toujours dans un strict respect du protocole sanitaire.


Mercredi 28 avril : sur la route d'Ixchel 

 

Le lendemain, à 5 heures précises ont résonné « las mañanitas », célèbre chanson de célébration. Puis les ancien.nes ont de nouveau chanté et encensé l'auditorium afin de procurer leur protection et leur soutien à la délégation en partance pour l'Europe qui salue une dernière fois les membres des communautés autonomes qui se sont levés avant le soleil pour leur apporter leurs derniers messages de soutien.

A 6 heures, la caravane est sortie du Caracol de Roberto Barrios, direction la péninsule, sur les traces d'Ixchel, « la mère de l'amour et de la fertilité, la grand-mère des plantes et des animaux » .

Après plus de 750 km, elle est arrivée à Chablekal où l'Escadron 421 était attendu par des délégués de différentes communautés et organisations de la péninsule, membre du Congrès national indigène-Conseil indigène de gouvernment (CNI-CIG).

 

 

« Nous nous rencontrerons à Chablekal, Yucatan, avec l'objectif de consolider les liens entre les mayas de la péninsule, les membres du CNI, les organisations en lutte et l'EZLN afin de renforcer les processus de résistance que nous vivons dans la péninsule du Yucatan en écoutant la parole des compas zapatistes. Manifester nos ressentis au sujet de la tournée débutant en Europe et dire au revoir à l'Escadron avec toute la force de Mayab.. Comment nous organisons nos luttes contre les méga-projets, particulièrement contre le train qu'ils veulent nous imposer et qui usurpe le nom de notre peuple. Contre le capitalisme, la patriarcat et le colonialisme, feront partie des choses que, en tant que peuples frères, nous partagerons.», déclare le communiqué.

Contre toute attente, la caravane est repartie quelques heures seulement après pour Valladolid où elle est arrivée un peu avant minuit. Un rythme soutenu, comme celui d'une cumbia.

Jeudi 29 avril : Bientôt, les côtes caribéennes


La journée du lendemain, le jeudi 29 avril, la délégation a tenu une réunion à portes closes dans les installations de l'école d'agriculture écologique Uyits Ka'an de Valladolid.






La suite du périple n'est pas connue à ce jour, mais le départ pour Isla Mujeres, lieu de culte à la déesse Ixchel, est imminent. Le sous-commandant Galeano nous rapporte dans son communiqué les paroles du Vieil Antonio : « Une des légendes mayas raconte qu’Ixchel s’allongea sur le monde sous la forme d’un arc-en-ciel. Elle fit cela pour donner à la planète une leçon de pluralité et d’inclusion, et pour lui rappeler que la couleur de la terre n’est pas une mais multiple, et que toutes, sans cesser d’être ce qu’elles sont, ensemble, elles illuminent la merveille qu’est la vie. Et elle, Ixchel, la femme arc-en-ciel, embrasse toutes ces couleurs et les intègre en elle. »


Le 3 mai, « La Montagne » mettra les voiles pour le port de Vigo en Espagne. L'Escadron 421 traversera la mer pour porter la parole des peuples zapatistes et partager les joies et les douleurs de peuples d'autres couleurs afin de « réunir les cartes nautiques senti-pensées de la lutte et dessinées avec le cœur pour survivre et ainsi nous rendre compte que, au delà de la pure survie, il existe des mondes autres à construire, que les rafales de mort de la modernité et du progrès seront incapables d'écrouler ».





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