viernes, 22 de noviembre de 2013

Conte du ss commandant Marcos: L'histoire du Chat-Chien

Traduction: Le serpent à plumes

REBOBINER 3.

Où on explique le pourquoi de cet étrange titre et ceux qui suivront, qui narre l’exceptionnelle rencontre entre un scarabée et un être déconcertant (je veux dire, encore plus déconcertant qu’un scarabée), et les réflexions non-conjoncturelles et sans importance qu’on y trouve ; ainsi que la forme par laquelle, profitant d’un anniversaire, le Sup tente d’expliquer, sans y parvenir, la manière dont les zapatistes voient leur propre histoire.

Novembre 2013.
A qui de droit :

AVERTISSEMENT.- Comme annoncé dans le texte auto-intitulé « Mauvaises et pas si mauvaises nouvelles », les textes qui précèdent le susdit n’ont pas été publiés. Donc, ce qu’on va faire c’est « rebobiner » (ou, comme on dit, faire un « rewind » du film) pour arriver à ce qui supposément devait apparaître le jour des morts. Ceci étant fait, vous pourrez remettre lecture dans l’ordre inverse de l’ordre inverse où les choses apparaissent et alors vous n’aurez qu’à… mmh… oubliez ça, je me suis embrouillé moi-même. Le truc c’est de comprendre l’idée de, comme on dit, « rétrospective », c’est à dire que quelqu’un va dans ce sens mais y retourne pour voir comment quelqu’un a fait pour aller par là. C’est clair ? Non ?
AVERTISSEMENT DE L’AVERTISSEMENT.- Les textes qui suivent ci-dessous ne se réfèrent nullement aux situations actuelles, conjoncturelles, transcendantes, importantes, etc., n’ont pas non plus d’implications ou de références politiques, ni rien de tout ça. Ce sont « d’innocents » textes, comme sont « innocents » tous les écrits de celui qui s’appelle lui-même « le sous-commandant d’acier inoxydable » (c’est à dire moi-même). Toute ressemblance ou similitudes avec des faits ou personnes de la vie réelle n’est que simple schizophrénie… oui, comme la situation internationale et nationale où l’on peut voir que… ok, ok, ok, rien de politique.
AVERTISSEMENT AU CUBE.- Dans le très improbable cas où vous vous sentiriez visé par ce qui suit, vous seriez catégoriquement dans l’erreur… ou vous seriez un fan honteux des théories de la conspiration ad hoc (que l’ont peut traduire par « à chaque faille correspond une théorie conspirationniste pour tout expliquer et recommencer les mêmes erreurs ».
Allez :
-*-
P.S. La première rencontre de Durito avec le chat-chien.-
Durito était sérieux. Mais pas avec cette fausse imposture d’un fonctionnaire quelconque d’un quelconque gouvernement. Il était sérieux comme quand une grande peine nous cingle le visage et qu’il n’y a rien à faire, qui ne soit maudire… ou dire un conte.
Don Durito de La Lacandona allumait sa pipe, chevalier errant et erroné, réconfort des affligés, joie des enfants, aspiration impossible des femmes et des autres, inatteignable reflet pour les mâles, insomnie des tyrans et tyranneaux, thèse inconfortable pour ignorants pédants.
Contemplant avec ravissement la lumière de nos veillées, narrant presque dans un chuchotement, pour que moi je le retranscrive :

L’HISTOIRE DU CHAT-CHIEN

(De la manière dont Durito a connu le chat-chien et de ce qu’ils dirent ce matin-là sur les fanatismes).
A première vue, le chat-chien ressemble à un chien… enfin, plutôt à un chat… ou un chien… jusqu’à ce qu’il miaule… ou un chat… jusqu’à ce qu’il aboie.
Le chat-chien est une inconnue pour les biologistes terrestre et marin (dans quel tableau de classification des êtres vivants placer ce cas?), un cas insoluble pour la psychologie (une chirurgie neuronale ne révèle pas de centre cérébral définissant la caninité ou la félinité), un mystère pour l’anthropologie (des us et coutumes en même temps semblables et antithétiques?), un désespoir pour la jurisprudence (quels droits et devoirs émanent de l’être et non être?), le saint Graal de l’ingénierie génétique (impossible de privatiser ce fuyant ADN). En résumé : le chaînon manquant qui mettrait à bas tout le darwinisme de laboratoire, de chaire, de symposium, de la réitérée mode scientifique.
Mais permettez-moi de vous raconter ce qui s’est passé :
Comme il se doit, c’était le matin. Une lueur suffit à définir l’ombre. Tranquille, je marche seul avec les pas de la mémoire. J’entends alors clairement que quelqu’un disait :
« Un fanatique est quelqu‘un qui, plein de honte, occulte un doute ».
Non sans lui donner raison en moi-même, je m’approche et le vois. Sans plus de cérémonie, je lui demande :
- Ah, ainsi donc vous êtes… un chien.
- Miaou – me répond-il.
- … Ou plutôt un chat – dis-je en doutant.
- Ouaf – réplique-t-il.
- Bon, un chat-chien – dis-je et me dis-je.
- C’est ça – dit-il… ou je crois qu’il a dit.
- Et la vie, ça va ? – je demande (et moi je retranscrivais sans douter, prêt à ne me laisser surprendre par rien, puisque c’était un scarabée qui me dictait cette singulière histoire).
- Elle vaut parfois la peine – il répond dans une espèce de ronronnement -. Parfois comme chien et chat – grogne-t-il.
- C’est un problème d’identité ? – dis-je en allumant la pipe et sortant mon smartphone-tablette multitactile pour écrire (en réalité il s’agit d’un cahier, de ceux à spirales, mais Durito veut se la jouer moderne – note du scribe -).
- Nan, personne ne choisi qui est chien si quelqu’un peut l’être – aboie dédaigneusement le chat-chien -. Et la vie n’est rien d’autre que ce compliqué passage, accompli ou tronqué, d’une chose à l’autre – ajoute-t-il dans un miaulement.
1-1273348624-don-durito- Et donc, chat ou chien ? – je demande.
- Chat-chien – dit-il sur le ton de l’évidence.
- Et qu’est-ce qui t’amène sur ces terres ?
- Une elle, qui va être.
- Ah.
- Je vais la chanter, parce que certains chats savent.
- Hum… avant votre sérénade, dont je ne doute pas qu’elle soit un chant éminent à la femme qui vous préoccupe, pourriez-vous m’éclairer sur ce que vous avez dit en introduction à votre contribution à ce conte ?
- Sur le fanatisme ?
- Oui, c’était quelque chose comme il y en a qui cachent les doutes de leur foi derrière le culte de l’irrationnel.
- C’est ça.
- Mais, comment éviter de s’installer dans l’une des pièces ténébreuses de cette fuyante maison de miroirs qu’est le fanatisme ?
- Facile – dit laconique le chat-chien – en n’entrant pas.
Construire de nombreuses maisons, chacun la sienne. Abandonner la peur de la différence.
Parce qu’il y a quelque chose d’égal ou de pire qu’un fanatique religieux, et c’est un fanatique anti-religieux, le fanatisme laïque. Et je dis qu’il peut être pire car ce dernier se sert de la raison comme alibi.
Et, ses équivalents : l’homophobe et le machiste, la phobie de l’hétérosexuel et du féminisme. Et à vous d’ajouter le grand etc. de l’histoire de l’humanité.
Les fanatiques de la race, de la couleur, du credo, du genre, de la politique, du sport, etc, sont, en fin de compte, fanatiques d’eux-mêmes. Et tous partagent la même peur de la différence. Et ils cataloguent le monde entier dans la cage fermée des options exclusives : « Si tu n’es pas ainsi, alors tu es le contraire ».
- Vous voulez dire, mon cher, que ceux qui critiquent les fanatiques de sport sont pareil ? – interrompit Durito.
- C’est pareil. Prenez, par exemple, la politique et le sport, tous deux professionnels : les fanatiques des deux pensent que la professionnalisation est ce qui compte ; tous sont de simples spectateurs qui applaudissent ou huent les adversaires, fêtant des victoires qui ne sont pas les leurs et pleurant sur des défaites qui ne leur appartiennent pas ; tous accusent les joueurs, l’arbitre, le terrain, l’inverse ; tous espèrent que « la prochaine sera la bonne » ; tous pensent qu’en changeant l’entraîneur, la stratégie ou la tactique alors tout sera résolu ; tous persécutent les supporteurs adverses ; dans les deux cas ils ignorent que le problème réside dans le système.
- Vous parlez de football ? - demande Durito tout en sortant un ballon dédicacé par lui-même.
- Pas seulement de football. En tout, le problème est de celui qui donne les ordre, qui dicte les règles.
Dans les deux cas on méprise ce qui n’est pas professionnel : le foot des champs ou des rues, la politique qui ne converge pas en conjectures électorales. « Si on ne gagne pas d’argent, à quoi bon ? », se demandent-ils.
- Ah, vous parlez de politique.
- Même pas. Encore que, par exemple, chaque jour qui passe rend plus évident que ce qu’ils appellent « l’État National Moderne » est un tas de ruines mis au clous, et que les classes politiques respectives s’appliquent à refaire, encore et encore, le sommet d’un château de cartes démoli, sans se rendre compte que les cartes de la base sont complètement cassées et usées, incapables de se maintenir debout, sans parler de soutenir quoi que ce soit.
- Mmh… ce serait difficile de dire ça en un tweet – dit Durito en comptant pour voir si ça tient en 140 caractères.
- La classe politique moderne se dispute pour savoir qui sera le pilote d’un avion qui s’est écrasé il y a longtemps sur la réalité néolibéral – juge le chat-chien et Durito remercie avec acquiescement.
- Alors que faire ? – demande Durito tout en rangeant avec pudeur son fanion des Jaguars du Chiapas.
- Éluder le piège qui prétend que la liberté c’est pouvoir choisir entre deux options imposées.
Toutes les options catégoriques sont un piège. Il n’y a pas seulement deux voies, de la même façon qu’il n’y a pas deux couleurs, deux sexes, deux croyances. Ni ici, ni ailleurs. Plutôt tracer un nouveau chemin qui va là où quelqu’un veut aller
- Conclusion ? - demande Durito.
- Ni chien, ni chat. Chat-chien, pour ne pas vous servir.
Et que personne ne juge ni ne condamne ce qu’il ne comprend pas, parce que le différent est une preuve que tout n’est pas perdu, qu’il y a toujours beaucoup à regarder et à écouter, qu’il y a d’autres mondes qui restent à découvrir…
Le chat-chien est parti lui qui, comme son nom l’indique, a les désavantages du chien et ceux du chat… et aucun de leurs avantages, pour autant qu’ils en aient.
Le soleil se levait quand j’entendis un mélange de miaulement et d’aboiement sublime. C’était le chat-chien qui chantait, désaccordé, au clair de nos plus beaux rêves.
Et un certain matin, peut-être encore lointain dans le calendrier et dans une géographie incertaine, elle, la lumière qui fait se lever le jour et le voile, découvrira qu’il y eut des traits cachés et pour elle réels, qui peut-être alors seulement vous seront révélés, ou les reconnaissez-vous maintenant entre ces mots, et vous saurez à ce moment que peu importe quels chemins mes pas auront foulés : parce qu’elle était, est et sera, toujours, la seule destination qui vaille la peine.
Ta-da.
P.S.- Là où le Sup essaye d’expliquer, en mode multimédia postmoderne, la façon dont les hommes et les femmes zapatistes voient et se voient dans leur propre histoire.
Bien, pour commencer il faut expliquer que pour nous, notre histoire n’est pas uniquement ce que nous avons été, ce qui nous est arrivé, ce que nous avons fait. C’est aussi, et surtout, ce que nous voulons être et faire.
Maintenant bon, dans cette débauche de moyens audiovisuels qui vont du ciné 4D et les télévisions LED 4K, jusqu’aux écrans polychromes et multitactiles des cellulaires (qui montrent la réalité en couleurs qui, excusez la digression, n’ont rien à voir avec la réalité), nous pouvons situer, sur un improbable « fil du temps », notre façon de voir notre histoire avec… lekinétoscope.
Oui, je sais que je suis remonté un peu loin, aux origines du cinéma, mais avec l’internet et les multiples wikis qui abondent et débordent, vous n’aurez pas de problèmes pour savoir de quoi je parle.
Parfois, on pourra avoir l’impression de se rapprocher des formats 8 et super 8, et même comme ça le format de 16 millimètres demeurera lointain.
Je veux dire, notre façon d’expliquer notre histoire ressemble à une image d’un mouvement continu et répétitif, avec certaines variations qui donnent cette sensation de mobilité immobile. Toujours attaqués et persécutés, toujours résistant ; toujours anéantis, réapparaissant toujours. Peut-être est-ce pour ça que les dénonciations des bases de soutien zapatistes, faites par leurs Conseils de bon gouvernement, sont si peu lues. C’est comme si quelqu’un avait lu ça avant et que seuls avaient changé les noms et les géographies.
Mais ici aussi nous nous montrons. Par exemple, là :
Et oui, c’est un peu comme si dans ces images en mouvement d’Edison, de 1894, sur son kinétoscope (« Annie Oackley »), nous ayons été la pièce lancé en l’air, pendant que la demoiselle civilisation nous canarde encore et encore (oui, le gouvernement serait l’employé servile qui lance la pièce). Ou comme si dans « L’arrivée du train » des frères Lumière, de 1895, nous ayons été ceux qui restent à quai alors que le train du progrès arrive et s’en va. A la fin de ce texte vous trouverez quelques vidéos qui vous aideront à comprendre ça.
Mais voilà que le collectif que nous sommes prend et fait chaque photogramme, le dessine et le peint en regardant la réalité de ce que nous avons été et de ce que nous sommes, bien souvent avec les noirs des persécutions et des prisons, avec les gris du mépris, et avec le rouge de la spoliation et de l’exploitation. Mais aussi avec la couleur marron et le vert qui sont de la terre dont nous sommes.
Quand quelqu’un d’extérieur s’arrête pour regarder notre « film », la plus part du temps il dit :« quelle tireuse habile ! » Ou « quel audacieux employé qui lance la pièce en l’air sans craindre d’être blessé ! », mais personne ne dit rien sur la pièce.
Ou, devant le train des Lumières, ils disent : « mais quels idiots, pourquoi restent-ils sur le quai et ne montent-ils pas dans le train ? ». Ou « voilà une preuve supplémentaire que les indigènes sont ce qu’ils sont parce qu’ils ne veulent pas progresser ». Quelques plus aventureux «Vous avez vu quels vêtements ridicules ils portaient à cette époque ? ». Mais si quelqu’un nous demandait pourquoi nous ne montons pas à bord de ce train, nous dirions « parce que les stations suivantes sont « décadence », « guerre », « destruction », et la destination finale est« catastrophe ». La bonne question n’est pas pourquoi nous ne montons pas, nous, mais pourquoi vous, vous ne descendez pas ».
Ceux qui sont venus pour être avec nous pour nous regarder nous regardant, pour nous écouter, pour nous connaître à la Petite école, découvrent que, sur chaque photogramme, nous, hommes et femmes zapatistes, nous avons ajouté une image qui n’est pas visible au premier coup d’œil. Comme si le mouvement apparent des images occultait la particularité que chaque photogramme renferme. Ce qui ne se voit pas dans le transvasement quotidien c’est l’histoire que nous serons. Et il n’y a aucun smartphone qui puisse capturer ces images. On ne peut les apprécier qu’avec un cœur très grand.
Bien sûr il y a toujours quelqu’un qui vient et nous dit qu’il y a des tablettes et des cellulaires avec des objectifs devant ou derrière, avec des couleurs plus vivantes que celles de la réalité, que maintenant il y a les appareils photo et les imprimantes en trois dimensions, le plasma, le cd et le led, la démocratie représentative, les élections, les partis politiques, la modernité, le progrès, la civilisation.
Que nous devons abandonner le collectivisme (qui en plus rime avec primitivisme) : que nous abandonnions cette obsession de veiller sur la nature, le discours de la terre-mère, l’autogestion, l’autonomie, la rébellion, la liberté.
Ils nous disent tout ça en faisant paraître maladroitement que c’est dans leur modernité que se commettent les crimes les plus atroces ; où les enfants sont brûlés vifs et les pyromanes sont députés et sénateurs ; où l’ignorance fait semblant de régir les destinés d’une nation ; où sont détruites les sources du travail ; où les professeurs sont persécutés et calomniés ; où un grand mensonge est occulté par un autre plus grand encore ; où est récompensé et vanté l’inhumain et où n’importe quelle valeur éthique ou morale est le symptôme d’un « retard culturel ».
Pour les grands médias payants, eux sont les modernes, nous les archaïques. Eux sont les civilisés, nous les barbares. Eux sont ceux qui travaillent, nous les fainéants. Eux sont les « gens biens », nous les parias. Eux les savants, nous les ignorants. Eux sont propres, nous sommes sales. Eux sont les mignons, nous les affreux. Eux sont les bons, nous sommes les méchants.
Et ils oublient, elles et eux, le plus important : ceci est notre histoire, notre manière de la voir et de nous voir, notre manière de nous penser, de nous tracer notre chemin. Elle est à nous, avec nos erreurs, nos chutes, nos couleurs, nos vies, nos morts. Elle est notre liberté.
Notre histoire est ainsi.
Car quand hommes et femmes zapatistes, nous dessinons une clé en-bas et à gauche de chaque photogramme de notre film, nous pensons non pas à quelle porte elle peut ouvrir, mais plutôt quelle maison et quelle porte il faut créer pour que cette clé ait un motif et un destin. Et si la bande-son de ce film a un rythme de polka-balade-corrido-ranchera-cumbia-rock-ska-metal-reggae-trova-punk-hip-hop-rap-et-tous-ce-qui-suit ce n’est pas parce que nous n’avons pas de notion musicale. C’est parce que cette maison aura toutes les couleurs et toutes les sonorités. Et il y aura alors des regards et des oreilles neufs qui comprendront notre acharnement… bien que nous ne soyons que silence et et ombre dans ces mondes à venir.
Ergo : nous, nous avons l’imagination, eux n’ont que des schémas avec des options concluantes.
C’est pourquoi leur monde s’écroule. C’est pour ça que le nôtre resurgit, juste comme cette lueur que sa petitesse ne rend pas mineur lorsqu’elle qu’elle abrite l’ombre.
Allez. Salut et que nous les fêtions avec bonheur, c’est à dire, en luttant.
Le Sup qui s’embrouille dans les vidéos qu’il doit mettre pour, comme on dit, mettre sur le gâteau la bougie qui ne dise rien, mais dont on sait qu’elle est trentenaire.
Mexique, 17 Novembre 2013.
Trentième anniversaire de l’EZLN.

Traduction: Le serpent à plumes

miércoles, 6 de noviembre de 2013

Texto de libertad de alberto patishtan


Estoy vivo, soy libre, seguiré luchando* / Alberto Patishtán

*Palabras pronunciadas por el profesor tzotzil tras ser liberado después de 13 años de permanecer encarcelado injustamente.
Alberto Patishtán
Publicado: 05/11/2013 22:10
Antes que nada, compañeros, compañeras y todos los medios de comunicación: les doy las gracias por estar en este momento y espero que estas palabras, que las voy a expresar dentro de lo más profundo de mi corazón, que así se diga.


¿Quién es Patishtán? Patishtán soy yo. Soy una persona que no solamente oigo, sino que escucho. ¿Quién es Patishtán? Es uno que está perdiendo la vista por mi enfermedad. Al parecer como que ya no me deja ver tanto con los ojos, pero sí los veo mucho más claro en mi corazón.


Eso es si quieren tener la definición de quién es Patishtán. Es uno que no solamente vio lo que estaba pasando, no solamente quedó mirando y viendo lo que estaba pasando en su pueblo en aquellos años. En aquellos años en los que realmente nuestros gobernantes han dicho, o hemos dicho, que ya no hay esclavitud. Sin embargo, en aquel tiempo me topé con que sí se estaba dando otro tipo de esclavitud. Aquellos tiempos entonces, como hoy en día todavía se repite, existe el olvido y la marginación de los pobres. Solamente que muchas veces nuestras autoridades voltean a ver a aquellos que sí tienen el poder económico.


En aquellos tiempos, entonces, la gente sufría, la gente carecía de muchas cosas. La gente que no habla el español, la gente que no podía escribir, en aquellos tiempos entonces del año 2000, y mucho más antes, para aquella gente pobre, para aquella gente humilde e ignorante, se refugiaba, o se refugiaban con aquella persona que sabe un poco más o menos leer algún documento o puede expresarse.


Entonces, en aquel tiempo, me acuerdo que me topé y me topo con una autoridad tan autoritario o tirano, como se lo puede llamar otras palabras. Quiso esclavizar a la gente y acabarla en vida. Yo estaba viendo lo que estaba pasando y dije: “Hasta aquí no más. Tengo que salir a defender este pueblo mío”, como decía mi hijo. “No me queda de otra”, decía yo. Alguien tiene que salir por ellos, y decía yo: “voy a asumirlo”.


Y salí a defender a mi pueblo en aquel tiempo, cuando el presidente municipal, de nombre Manuel Gómez Ruíz, había hecho tantas cosas. Y yo salí a la defensa, salí a gritar, salí a levantar la mano. Eso fue la causa de que me mandaron hasta la cárcel. Tenemos documentos en archivos donde nosotros estamos pidiendo la destitución del presidente municipal en aquel tiempo. A finales del mes de mayo, me acuerdo, ya estaba todo listo para destituir al presidente municipal, a este que estaba haciendo los malos actos contra la gente pobre.
Pero después de quince días entonces cuando ya nosotros y el pueblo de El Bosque estábamos para destituir a esta autoridad tan autoritaria, sucede una emboscada de la que ustedes ya sabrán. A consecuencia de eso es que entonces me llevan a la cárcel, y no solamente me llevan sino que me sentencian con una condena a muerte. Me querían acabar, pero yo soy inocente ante los ojos de Dios y ante mí mismo.

A 13 años de injusto encierro: Alberto Patishtán ¡LIBRE!

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En el primer día que llego en la cárcel decía yo: “Aquí comienza una tarea más de mi vida. No puedo aceptar estas cosas.” Y así entonces se originó mi encarcelamiento por defender al pueblo oprimido. Porque no solamente anunciaba las cosas buenas de mi pueblo, sino que también denuncié lo que estaba pasando en mi pueblo. Y por esas personas que siempre tienen el poder para joder, eso fue lo que me hicieron: hacerme acabar en la cárcel.


Pero gracias a Dios estoy vivo, no estoy muerto, y tengo muchas cosas por hacer. Como decía mi hija Gaby, a ella y a mi hijo Héctor, que están aquí, no los vi crecer. Pero algo agarraron de esa semilla que yo tenía y eso es lo muy importante para mí: que esa semilla que al parecer escondieron, pero estos jóvenes que tengo a mi lado supieron sembrar y germinarlo y hoy los frutos los estoy viendo y los estamos viendo todos. Eso es para mí muy importante.


Quisieron acabar mi lucha. Quisieron hacerla restar, pero lo que pasó fue multiplicar. Quisieron ocultarla y lo que hizo fue resplandecer. Así fue la cosa.


Llego a la cárcel entonces, y veo nuevamente, y me encuentro con compañeros presos y presas que para mí fue mi pueblo, nada más que diferente. Me sacaron de mi pueblo y me mandan a otro pueblo, a otra cárcel. Porque allá me topo con otros compañeros pobres, unos compañeros que aquí están ahora presentes también, y con ellos vivíamos dentro de la cárcel una gran injusticia. Entonces, dije yo, el trabajo no termina, y por acá comienzo nuevamente a luchar. Y eso fue lo que hice.


Encontré en la cárcel humillaciones, encontré que la gente pobre, que la gente indígena, que no sabe defenderse, que no tiene dinero para pagar a un abogado y que no tiene intérprete, pues que se queda en la cárcel. ¡No! Yo tengo que hacer algo por ellos, dije. Luché en muchos momentos. Encontré caras tristes en la cárcel. Encontré llantos, que muchas veces por ello tuve que empeñarme de ser muchas cosas en muchas ocasiones.


Tuve que ser sacerdote, aunque no lo soy, porque tuve que obrar por los enfermos. Muchas veces tuve que ser psicólogo para dar terapias a aquellos que se sentían destrozados. Tuve que tomar el papel de abogado, aunque no lo soy, porque muchos me preguntaban, aquellos que perdían un amparo o algo o cuando lo sentenciaban y me decían: “Patishtán, qué sigue de esto”. Y yo, que no soy abogado, pero más o menos he visto de mi experiencia, les decía yo: “Esto hay que seguir. Así es”.


Por último, aunque fue mucho, tuve que empeñarme en ser doctor, y no lo soy, pero es que muchos de mis hermanos indígenas llegaban conmigo y me decían: “Qué hay que tomar, Patishtán, cuando duele a uno la cabeza o duele el estómago”. Y yo les decía: “Pues esto hay que tomarlo”. Y a ese punto tuve que llegar. Y es que así es.


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En la cárcel entonces mucha gente, o también nuestras autoridades, nos dicen: “Aquí ya acabó el derecho, aquí ya no hay nada que hacer”. Y yo decía: “Aquí hay mucho que hacer. Aquí voy a comenzar a hacer algo, aquí tengo que aprender no tanto para enseñar, porque por más que uno sepa, no llega a terminar ni a concluir”. Así fue entonces que yo tuve que andar por esos caminos.


¿Pero qué pasa cuando la persona lucha dentro de la cárcel? Entonces no somos bien vistos dentro de la cárcel. Somos estorbo dentro de la cárcel. No somos el bien. Nosotros le llamamos cosa buena, cosa sagrada. Pero la autoridad ve mal lo bueno que hacemos. Quieren que las cosas que hacen lo malo que nosotros les apreciemos. Y no se puede apreciar. A lo bueno, aquellos le llaman mal, y lo mal aquellos le llaman bien. ¿Cómo lo ven? Está todo al revés.


Por esas cosas que anduve haciendo, de andar haciendo las cosas buenas, me decían: “Este hombre hay que sacarlo de esta cárcel, este hombre estorba”. Y me mandan de una cárcel a otra cárcel. Y que me tenían de plano ya ni sé cómo se llama, y que por fin me llevan, me mandan. De que te pregunten si quieres ir, no te van a preguntar.


Me mandan entonces a Guasave, el Cereso que yo mismo fui a estrenarlo, hasta eso. Ahí estuve, ahí hay mucha gente y también podemos decir que, como siempre, a los que están en la cárcel los tachamos a veces de delincuentes. Ya sé, pero no todos. Tenemos la mitad que sí la cometió y la otra mitad estamos de pilón, pagando los platos rotos que otros deberían de pagar y que los hacen pagar a la fuerza. Me llevaron allá para acabarme. Esa cárcel la bautizamos nosotros: “el cementerio de los vivos”, pues es un lugar donde te quieren matar. Pero yo aprendí más a vivir allá otra vez. Y vieron que no pudieron, y gracias a Dios y por todos los compañeros que están a mi lado y los que no los veo, gracias a ellos tuvieron que regresarme a la misma cárcel de donde me habían sacado. Esto fue lo que pasó.


Y hasta les digo desde este lugar: nunca había yo subido a un avión, ese fue mi estreno cuando me llevaron a Guasave. Pero llegué siempre con una misión: ayudar a aquellos que están en Guasave, mucha gente de dolor, de soledad, de angustia, llámese como le quieran llamar. Yo también fui útil desde esa cárcel. Organicé.


VIDEO DEL TEXTO


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Claro que fue poco, lo importante no es la cantidad sino la calidad y que se haga con amor las cosas. Eso fue lo que hice allá. Ahora ¿qué significa la libertad? Yo desde un principio la libertad la sentí, desde el primer día que llegué a la cárcel estoy libre. Y me he sentido libre siempre. Unas personas amigos me preguntaban: “¿Qué es lo que te mantiene que no dejas de reír?” Y yo les digo, es que estoy limpio en conciencia. Y ante los ojos de Dios me bendice siempre. Y con esa bendición que tengo, decía yo, tengo que contagiar a los demás. Si dejo de reírme un día, les decía a los compañeros, siento que es un día perdido para mi. Por eso si me ven así muy sonriente cada rato no se preocupen, porque eso es mi profesión.
¿Qué le puedo decir a aquella gente que me apoyó y me sigue apoyando? Uno, decirle que tenemos siempre una misión al venir a este mundo. Siempre somos útiles. Desde muy pequeños, al nacer, los aprecian en su mamá. Pero ojalá que cuando nos vayamos a despedir de este mundo igual nos hagan. Que entonces digan: “esta persona hizo esto”.


Entonces recuerdos buenos hay que dejar. Pero qué triste sería que hagamos todas las cosas por otro lado. La gente tal vez podría decir: “Qué bueno que se fue de por sí, estorbaba aquí en este mundo”. Pero cuando hacemos todas las cosas buenas, yo sé, eso de que hay que esperar que nos paguen, y no hay que buscar eso. Hay que dar las cosas sin condición. Sin esperar nada a cambio. Lo único que les puedo dar aquella gente. Hay mucha gente así a nivel nacional, a nivel internacional.


¿Qué más les puedo decir? Gracias, y sigamos construyendo. Nos falta mucho. Pero lo importante es que no estamos comenzando: solamente hay que continuar. Y otra: el regalo que yo les puedo dar a ustedes en especial, y a todos los demás, es que nos aprendamos a amar los unos a los otros. Es eso. Podrán decir me ustedes: “con eso no basta”. Pues es que, para mí, está la clave ahí.


Algo más les quiero decir en este momento: como ya dijeron algunos compañeros, la autoridad y ustedes han escuchado hoy el indulto. Yo, como siempre he dicho, he sido libre desde un principio y hasta hoy en día. No me están dando la libertad por el delito, sino por las graves violaciones que se vieron y porque estuvo manipulado todo mi proceso. En eso está y por eso aquí sigo y seguiré.


Yo digo en esta hora y en este momento: “mi misión solamente Dios sabrá en mí qué voy a hacer, pero motivos hay para seguir caminando y reclamar justicia. Siempre les he dicho una cosa: momentos no faltan, es lo que sobra”. Y como un último agregado quiero decirles que siempre digamos la verdad. Sea con quien sea, digamos la verdad, porque si no perdemos credibilidad en nosotros mismos.


Eso sería todo. Mucho ánimo a todos ustedes y gracias a todos.

lunes, 4 de noviembre de 2013

MALAS Y NO TAN MALAS NOTICIAS.




MALAS Y NO TAN MALAS NOTICIAS.

 Noviembre del 2013.
A l@s estudiant@s que tomaron o quieren tomar el primer nivel de la Escuelita Zapatista:
A quien corresponda:
Compañeros, compañeras y compañeroas

Pues como ya es costumbre, me han designado a mí para darles las malas noticias.  Así que ahí les van.
PRIMERO.- Las cuentas (ahí les encargo que chequen bien las sumas, restas y divisiones porque las matemáticas no son mi fuerte, quiero decir, tampoco son mi fuerte):
A).- Gastos del primer nivel en Agosto de 2013 para 1281 alumnos:
.- Material de apoyo (4 libros de texto y 2 Dvd´s) para 1281 alumnos: $100,000.00 (cien mil pesos m/n).
.- Transporte y alimentación para 1281 alumnos del CIDECI a la comunidad en que tomaron el curso y de regreso: $ 339,778.27 (trescientos treinta y nueve mil setecientos setenta y ocho pesos con veintisiete centavos), repartidos de la siguiente forma:
Gastos de cada Zona en llevar alumn@s del CIDECI y distribución  en cada pueblo en carros y regresarlos a CIDECI, además de alimentación de niñ@s que trajeron l@s alumn@s.
Realidad ————-  $    64,126.00
Oventik—————- $   46,794.00
Garrucha————–  $ 122,184.77
Morelia—————-  $   36,227.50
Roberto Barrios—-     $   70,446.00
Total general—–        $ 339,778.27
  Nota: Sí, a mí también me llamó la atención eso de “77 centavos”, pero así me pasaron la cuenta.  O sea que no estamos en la onda del redondeo.
.- Transporte de 200 guardianas y guardianes al CIDECI donde impartieron el curso y de regreso: $ 40,000.00 (cuarenta mil pesos).  Su alimentación fue cubierta por l@s compañer@s del CIDECI-Unitierra.  Gracias al Doc Raymundo y a tod@s l@s compas de CIDECI, especialmente a l@s de la cocina (ojo: me deben los tamales).
  Total de gasto de las comunidades zapatistas para el curso de primer nivel en agosto del 2013 para 1281 alumnos: $ 479, 778.27 (cuatrocientos setenta y nueve mil setecientos setenta y ocho pesos con veintisiete centavos).
    Gasto promedio por alumno: $ 374.53 (trescientos setenta y cuatro pesos con cincuenta y tres centavos m/n).
B).- Ingresos de la Escuelita Zapatista:
Ingresos por registro (el bote que estaba en CIDECI): $ 409,955.00 (cuatrocientos nueve mil novecientos cincuenta y cinco pesos m/n).
Moneda nacional: $ 391, 721.00
Dólares: $ 1,160.00
Euros: $ 175.00
                        Ingresos en promedio por pago de registro de cada alumno: $ 320.02 (trescientos veinte pesos con dos centavos).
SEGUNDO.- Resumen y consecuencias:
En promedio, a cada alumno se le apoyó con $54.51 (cincuenta y cuatro pesos con cincuenta y un centavos m/n), mismos que fueron cubiertos gracias a donaciones solidarias.  Es decir, se apoyaron entre alumn@s.
O sea que, como quien dice, no sale la paga, compas.  Fue gracias a que algun@s alumn@s dieron más de los cien pesos obligatorios (algun@s no pusieron nada) y a las donaciones de personas generosas, que apenas pudimos salir a mano.
A l@s que dieron de más y a quienes hicieron esas donaciones extraordinarias, les agradecemos de corazón. Y también deberían agradecerles quienes no pagaron los cien pesos completos o no dieron absolutamente nada.
Pero sabemos bien que es difícil que se repita esto y que algun@s asistentes les paguen el curso a otr@s, así que nos enfrentamos a las siguientes opciones:
a).- Cerramos la escuelita.
b).- Reducimos el cupo a lo que podamos cubrir l@s zapatistas.  Me dice el Subcomandante Insurgente Moisés que serían unos 100 por caracol, 500 en total.
c).- Subimos el costo y lo ponemos obligatorio.
Pensamos que no debemos cerrar la escuelita porque ella nos ha permitido conocer y que nos conozca gente que antes no conocíamos ni nos conocía.
Pensamos que si reducimos el cupo, pues much@s se van a quedar tristes o brav@s porque ya tienen todo preparado para asistir, y qué tal que quedan fuera.  Sobre todo ahora que ya saben que la esencia del curso está en las comunidades y l@s guardian@s.  Y bueno, como a mí tocaría dar la noticia, pues me redundarían las mentadas que no son de menta.
Entonces pues sólo queda pedirles que paguen lo de su transporte-alimentación.  Sabemos que eso, además de que va a molestar a algun@s, puede dejar fuera a vari@s más. Por eso les avisamos con tiempo para que vean la forma de completar su paga y/o la de sus compas que quieren y pueden asistir pero no completan.
El costo será ahora de $ 380.00 (trescientos ochenta pesos m/n) por estudiant@ y deberá ser cubierto en el momento de registrarse en el CIDECI los días señalados.  Si además quieren traer un kilo de frijol y uno de arroz, pues se les agradecería.
Por favor, les suplicamos, les rogamos, les imploramos que aclaren bien con quiénes vienen, cuántos son y edades, porque luego llegan correos que dicen “voy con mis hijos” y ya que llegan olvídate del casting para “The Walking Dead”.  Tod@s l@s que asistan, deben registrarse antes, sean niñ@s, adultos, más mayores, muertos vivientes.
  Y aclaren las fechas en las que asisten.  Hay 2 fechas ahora, una a finales de diciembre y otra a inicios de enero.  Es importante saber a cuál se inscriben porque, como ya saben, hay una familia indígena que se prepara para recibirl@ y atenderl@, un guardián o guardiana que se prepara para orientarl@, un chofer o chofera que alista su vehículo para transportarl@, un pueblo entero que l@ recibe.  Y aclaren también si vienen a comunidad o tomarán el curso en el CIDECI de San Cristóbal de Las Casas, Chiapas.
Ah, y vengan a escuchar y aprender, porque hay quien vino a impartir cátedras de feminismo, vegetarianismo, marxismo y otros “ismos”.  Y ahora están a disgusto porque los zapatistas no obedecemos lo que nos vinieron a enseñar: que debemos cambiar la ley revolucionaria de mujeres como ellas dicen y no como decidan las zapatistas, que no entendemos las ventajas de la mariguana, que no hagamos las casas de cemento porque es mejor con adobe y paja, que no usemos calzado porque al andar descalzos estamos más en contacto con la madre tierra.  En fin, que obedezcamos lo que nos vienen a ordenar… o sea, que no seamos zapatistas.
 
CASOS ESPECIALES: L@s Anarquistas.
   Vista la campaña Anti Anarquismo que levantan las buenas conciencias y la izquierda bien portada, unidas en santa cruzada con la derecha ancestral para acusar a jóvenes y viej@s anarquistas de desafiar al sistema (como si el anarquismo tuviera otra opción), además de descomponer sus escenografías (¿lo de apagar la luz es para no ver a l@s anarquistas?), y que es llevada al delirio con calificativos como “anarco-halcones”, “anarco-provocadores”, “anarco-porros”, “anarco-etcétera” (por ahí leí el calificativo de “anarco-anarquista”, ¿no es sublime?), las zapatistas, los zapatistas no podemos ignorar el clima de histeria que, con tanta firmeza, demanda y exige que se respeten los cristales (que no muestran sino ocultan lo que pasa justo detrás del mostrador: condiciones laborales esclavistas, nula higiene, mala calidad, bajo nivel nutricional, lavado de dinero, defraudación fiscal, fuga de capitales).
Porque ahora resulta que esas raterías mal disimuladas llamadas “reformas estructurales”, que el despojo laboral al magisterio, que la venta “outlet” del patrimonio de la Nación, que el robo que el gobierno perpetra contra los gobernados con los impuestos, que la asfixia fiscal – que favorece sólo a los grandes monopolios-, que todo es por culpa de los anarquistas.
Que la gente bien ya no sale a las calles a protestar (oiga, pero si ahí están las marchas, los plantones, los bloqueos, las pintas, los volantes. Sí, pero son de maestr@s-transportistas-ambulantes-estudiantes-o-sea-nacos-y-nacas-y-de-provincia, yo digo gente bien-bien-del-df. -Ah, la mítica clase media, tan cortejada y al mismo tiempo despreciada y defraudada por todo el espectro mediático y político-), que la izquierda institucional también despoja los espacios de manifestación, que el “único opositor al régimen” ha sido opacado por los sin nombre una y otra vez, que a la imposición arbitraria se le llama ahora “diálogo y negociación”, que el asesinato de migrantes, de mujeres, de jóvenes, de trabajadores, de niñ@s, que todo es por culpa de los anarquistas.
Para quienes militan y se reivindican como de la “A”, bandera sin nación ni fronteras, y que son parte de la SEXTA, pero que en verdad militen y no sea una moda de vestir o de calendario, tenemos, además de un abrazo compañero, un pedido especial:
 
Compas Anarquistas: nosotros los zapatistas, nosotras las zapatistas, no les vamos a achacar nuestras deficiencias (incluida la falta de imaginación), ni los vamos a hacer responsables de nuestros errores, ni mucho menos los vamos a perseguir por ser quienes son.  Es más, les cuento que varios invitados en agosto cancelaron porque, dijeron, no podían compartir el aula con “jóvenes anarquistas, andrajosos, punks, aretudos y llenos de tatuajes”, que esperaban (los que no son jóvenes, ni anarquistas, ni andrajosos, ni punks, ni aretudos, ni llenos de tatuajes) una disculpa y que se depurara el registro.  Siguen esperando inútilmente.
Lo que les queremos pedir es que, en el momento del registro, entreguen un texto, máximo de una cuartilla de extensión, donde respondan a las críticas y acusaciones que se les han hecho en los medios de paga.  Dicho texto será publicado en una sección especial de nuestra página electrónica (enlacezapatista.ezln.org.mx) y en una revista-fanzine-como-se-diga próxima a aparecer en el mundo mundialmente mundial, dirigida y escrita por indígenas zapatistas.  Será un honor para nosotr@s que en nuestro primer número esté su palabra junto a la nuestra.
¿Eh?
Sí, sí se vale una cuartilla con una sola palabra que abarque todo el espacio: algo como “¡MIENTEN!”.  O algo más extenso como “Les explicaría lo que es el Anarquismo si pensara que van a entender”, o “El Anarquismo es incomprensible para los enanos de pensamiento”; o “Las transformaciones reales primero aparecen en la nota roja”; o “Me cago en la policía del pensamiento”; o la siguiente cita del libro “Golpes y Contragolpes” de Miguel Amorós: “Todo el mundo debería saber que el Black Bloc no es una organización sino una táctica de lucha callejera similar a la “kale borroka”, que una constelación de grupos libertarios, “autónomos” o alternativos, venía practicando desde las luchas de los squats (“okupaciones”) en los años 80 en varias ciudades alemanas” y agregar algo como “si van a criticar algo, primero investiguen bien. La ignorancia bien redactada es como una idiotez bien pronunciada: igual de inútil”.
En fin, estoy seguro de que no les faltarán ideas.
TERCERO.- Una no tan mala noticia: les recuerdo las fechas y la forma de solicitar su invitación y pedir su registro:
Fecha de segunda vuelta de la escuelita:
Registro el 23 y 24 de diciembre del 2013.
Clases del 25 de diciembre y hasta el 29 de diciembre de este año.  Salen el día 30.
Y los que quieran quedar a la fiesta del 20 aniversario del alzamiento zapatista, para festejar y acordar el amanecer del 1 de enero de 1994, con fiesta el día 31 de diciembre y el 1 de enero.
Fecha de tercera vuelta de la escuelita:
Registro el 1 y 2 de enero del 2014.
Clases del 3 de enero al 7 de enero del 2014.  Salen el día 8 de enero de 2014, regresando cada quien en sus rincones.
Para pedir su invitación y su registro, mandar un correo a:
CUARTO.- Otra no tan mala noticia es que se supone que yo iba a abrir esta etapa con un texto muy otro, saludando a nuestr@s muert@s, al SubPedro, al Tata Juan Chávez, a la Chapis, a los infantes de la guardería ABC, al magisterio en resistencia, y con un cuento de Durito y el Gato-Perro. Pero como me dijeron que urgía lo de las cuentas y la ratificación de las fechas, pues será para otra ocasión.  Está visto: lo urgente no da tiempo para lo importante.  Así que se libraron de leer sobre cosas que no son “trascendentes-para-la-presente-coyuntura”… por ahora.
Vale.  Salud y, créanlo o no, el mundo es más grande que el titular mediático más escandaloso.  Cuestión de ampliar el paso, la mirada, el oído… y el abrazo.
Desde las montañas del Sureste Mexicano.
El SupMarcos.
Conserje de la Escuelita y encargado de dar malas noticias.
México, noviembre del 2013.
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Escucha y ve los videos que acompañan este texto:
Kenny Arkana con este rap titulado “V pour Verités” (“V de Verdades”). En una parte dice: “benditos sean los que se interponen, los que construyen otra cosa”.
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Fragmento de la película “V de Venganza” sobre la relación entre el miedo y la obediencia, y otra forma de entender las palabras “justicia” y “libertad”.
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Pedro Infante con la canción “Yo soy quien soy”, de Manuel Esperón y Felipe Bermejo, en la película “La Tercera Palabra” con Marga López, Sara García y Prudencia Grifell, 1955, dirigida por Julián Soler. Lo pongo nomás por joder a quienes nos quieren hacer a su modo y moda.
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jueves, 31 de octubre de 2013

conferencia de prensa en vivo

Alberto Patishtan en vivo por la conferencia de prensa despues de su libertad
Live streaming video by Ustream

ALBERTO PATISHTAN LIBRE

Après des années de lutte de collectifs, organisations et individu-e-s pour la libération du prisonnier politique le plus symbolique du Chiapas, Alberto Patishtan accusé d'avoir assassiné 7 policiers lors d' une embuscade, alors qu'en fin de compte on l' accusait plus de complaisance avec le mouvement zapatiste et d'organiser son peuple de la municipalité du Bosque contre les gouvernants en place, celui ci voit pour la premiere vois la lumiere de la liberté depuis plus de 13 ans d' emprisonnement injuste.


Apres maintes tentatives juridiques, apres la mobilisation de dizaine de milliers de personne au Chiapas, au Mexique et a travers le monde entier, suite a des actions de toute part, des mégas marches, des recours juridique; il semblerait que le président du Mexique, sous pression, et apres avoir fait modifié la loi, soit décidé à le libérer ce jeudi selon son tweet.

Aujourd' hui nous remercions toutes celles et tous ceux qui de pres ou de loin on participé à cette libération, tous les actes et actions réalisées ont permis cette libération

MERCI A TOU-T-E-S!!!!

CONFERENCE DE PRESSE DE ALBERTO EN DIRECT

http://www.ustream.tv/channel/lostejemedios






martes, 29 de octubre de 2013

Indulto para alberto patishtan jueves

Hermanas y Hermanos, Compañeras y Compañeros,
En la larga tarea de buscar Justicia que nos ha reunido y nos seguirá reuniendo hoy podemos informar de un paso pequeño pero importante que nos alegra profundamente y nos anima a continuar en las tareas que nos han ocupado y nos ocupan para hacer de este mundo una casa más habitable para todos los seres humanos.

El Presidente Enrique Peña Nieto en su cuenta de twiter hoy escribió: “Este mismo jueves, la Reforma entrará en vigor e indultaré a Alberto Patishtan Gómez”. 

La Reforma del Artículo 97 ha sido aprobada por las Cámara Legislativas de la República Mexicana, Senadores y Diputados votaron a su favor. Quedando como sigue:

Artículo Único.  Se adiciona un artículo 97 Bis al Código Penal Federal, para quedar como sigue:

Artículo 97 Bis.- De manera excepcional, por sí o a petición del Pleno de alguna de las Cámaras del Congreso de la Unión, el Titular del Poder Ejecutivo Federal podrá conceder el indulto, por cualquier delito del orden federal o común en el Distrito Federal, y previo dictamen del órgano ejecutor de la sanción en el que se demuestre que la persona sentenciada no representa un peligro para la tranquilidad y seguridad públicas, expresando sus razones y fundamentos, cuando existan indicios consistentes de violaciones graves a los derechos humanos de la persona sentenciada.

El Ejecutivo Federal deberá cerciorarse de que la persona sentenciada haya agotado previamente todos los recursos legales nacionales. 
Transitorio

Único.- El presente Decreto entrará en vigor al día siguiente al de su publicación en el Diario Oficial de la Federación.

Palacio Legislativo de San Lázaro, a 29 de octubre 2013.


Nos alegra que la primera persona en beneficiarse de esta nueva Ley sea nuestro compañero Alberto Patishtan Gómez, esperamos sea un inicio y otras personas puedan encontrar su libertad como Alberto. 

El profesor actualmente se encuentra en D.F. en cuidados hospitalarios recibiendo tratamiento de Radio-Terapia y cuidando de su salud que también hoy nos preocupa. Esperamos que tras su tratamiento y recuperación disfrutemos de un Alberto sano y libre.



En prensa:

La Realidad denuncia provocaciones contra bases de apoyo zapatista

La JBG Hacia La Esperanza denuncia provocaciones contra compañeros del municipio autónomo Tierra y Libertad.

                           LA REALIDAD, CHIAPAS, MEXICO;
A 28 DE OCTUBRE DEL 2013.

DENUNCIA PÚBLICA.


A la sociedad civil nacional e internacional
A las compañeras y compañeros de la otra campaña nacional e internacional
A las compañeras y compañeros de la sexta internacional
A los organismos independientes de derechos humanos
A los medios de comunicación alternativos
A la prensa nacional e internacional
A las hermanas y hermanos de México y el mundo 
La Junta de Buen Gobierno Hacia La Esperanza de esta zona selva fronteriza, con sede en  La Realidad municipio Autónomo Rebelde Zapatista San Pedro de Michoacán. DENUNCIAMOS  ENERGICAMENTE los actos de injusticias, de provocaciones y de despojos que nuevamente están sufriendo nuestros compañeros y compañeras baces de apoyo del EZLN en el terreno recuperado “CHE GUEVARA” Del municipio autónomo de Tierra y Libertad que se encuentra hubicado en Belisario de Dominguez, Municipio Oficial de Motozintla de Mendoza Chiapas.
Que desde meses atras han sido amenazados que los van a desalojar por el mismo grupo de personas que son manipulados por Guillermo Pompilio Galvez Pinto, Carmela Oseguera Ramos y Silvano Bartolome Pérez, y que hace un año (17 de Octubre del 2012) gente de este mismo grupo agredieron  gravemente con arma de fuego a uno de nuestros compañeros.
Pero ahora nuevamente estas mismas personas y sus manipuladores como son: Silvano Bartolome, Carmela Oseguera y Guillermo Pompilio acompañados por gente de los malos gobiernos como son: un Regidor, un sindico, 5 policias, 2 de vialidad y agentes Rurales; que todos estos responden a las ordenes de sus amo como lo es el presidente municipal de Motozintla de Mendoza Chiapas Oscar Rene Gonsalez Galindo, quien a su vez recive ordenes del “disque” gobernador del estado de Chiapas Manuel Velazco Coello que a su vez responde al ladrido de su amo mayor Enrique Peña Nieto presidente de la Republica Mexicana; y que el pasado 6 de octubre llegaron para entregar y Reconocer oficialmente como Ranchería 8 de Julio que es el nombre que  ellos le pusieron a la parte que les toca, incluyendo el terreno rrecuperado “Che Guevara” que esta havitado por compañeros nuestros Bases de apoyo del EZLN.
Luego el dia 23 de octubre del presente año este mismo grupo de personas mandaron un documento a un compañero nuestro para decirle  que levante su manguera que le abastese del vital liquido como lo es el agua, ya que pasa en la orilla de la parte del terreno que les corresponde a ellos, dandole un plazo de 5 dias. Cabe señalar que al señor Silvano Bartolome Perez la manguera que le abastese de agua cruza por la parte del terreno que les pertenese a nuestros compañeros ademas de una toma de agua que tienen vendido, pero nosotros no les estamos diciendo que saquen sus manguera porque no queremos probocarlos, pero tampoco queremos que nos provoquen.
Y recientemente el 26 de Octubre del 2013, estas personas dan continuidad a sus invacion  construyendo una  vivienda en la parte del casco que les pertenese a nuestros compañeros sabiendo que esas tierras no les pertenece además de que está habitada por nuestros compañeros.
Todos estos actos de invacion y provocacion que nos hacen estas personas al querer dejar sin agua a un compañero nuestro son organizados, manipulados y apoyados por los 3 niveles de los malos Gobiernos,   nosotros como zapatistas sabemos entender y respetar, siempre y cuando se nos respete; ante este hecho le exigimos a los 3 niveles de malos gobiernos que controlen a su gente para que no se bayan a empeorar mas las cosas y que nos obliguen a tomar otras medidas.
Les decimos y les dejamos bien claro que ese terreno recuperado por el EZLN lo vamos a defender cueste lo que cueste, porque estamos en nuestro d


erecho y en nuestra razón, porque solo estamos defendiendo lo que es nuestro y no estamos chingando a nadie como lo esta haciendo su gente con nuestros compañeros.
¡ Ya Basta de tantas Injusticias, de Tantas Provocaciones. !
ESTAREMOS MUY AL PENDIENTE DE LO QUE PUEDA PASAR MAS ADELANTE SI ES QUE LOS 3 NIVELES DE MALOS GOBIERNOS NO TOMAN CARTAS EN ESTE ASUNTO Y SI NO  CONTROLAN A SU GENTE, Y  SERAN EYOS LOS INMEDIATOS RESPONSABLES DE LO QUE PUEDA PASAR, ASI COMO GUILLERMO POMPILIO GALVEZ PINTO, SILVANO BARTOLOME PEREZ Y CARMELA OSEGUERA RAMOS.
ATENTAMENTE
JUNTA DE BUEN GOBIERNO
HACIA LA ESPERANZA

                          GABRIEL                            YOHALLI                         ADOLFO  

lunes, 28 de octubre de 2013

Honduras : Déprédations transnationales et capitalisme vert

Honduras : Déprédations transnationales et capitalisme vert

Après le coup d’Etat de 2009, sous le régime de facto de Micheletti puis sous l’administration de Porfirio Lobo Sosa, avec un Congrès dominé par le Parti National, une avalanche de concessions et permis environnementaux frauduleux se sont empressés d’adjuger le territoire hondurien par portions aux compagnies minières, de tourisme, d’exploitation forestière et d’énergie hydraulique désireuses de faire main basse sur les “ressources naturelles” du pays. En 2011, le régime annonce la couleur avec la tenue a San Pedro Sula du forum “Honduras is open for business”, réunion de représentants de gouvernements, transnationales et investisseurs de quelques soixante-quinze pays destinée à encourager l’investissement direct étranger dans les secteurs de l’énergie, du tourisme, des infrastructures, des services, du textile, de l’agro-alimentaire et des ressources naturelles. “Exporter c’est progresser”. “Nous sommes ici parce que nous faisons confiance au travailleur hondurien” proclament les écriteaux sur l’autoroute de San Pedro a Puerto Cortes, zone franche d’exportation ou opèrent les maquilas, usines de fabrication de vêtements ou les droits du travail n’ont pas droit d’entrée et qui emploient plus de 100,000 personnes, dont plus de 80% de femmes, souvent jeunes, ayant émigré a la ville.




Depuis les années 1980 et la crise de la dette, dans le cadre des programmes d’ajustement structurel, le FMI et la Banque mondiale ont réorienté l’économie hondurienne sur deux secteurs : l’agro-export et la maquila. Le long de la côte atlantique, les plantations de palme africaine n’ont cessé de s’étendre au point que certains évoquent une “république palmière”, incarnée par Miguel Facussé, oligarque de grande influence, oncle de l’ex-président Carlos Flores Facussé (1998-2002), propriétaire d’immenses étendues de palme africaine et de la corporation agro-alimentaire Dinant. Responsable de l’assassinat de dizaines de paysans sans terre dans la région du Bajo Aguan, ex-“capitale de la réforme agraire” reconvertie en symbole de la monoculture latifundiaire, Miguel Facussé s’est lancé dans le greenwashing, en prétendant instaurer des “réserves naturelles privées” sur les terres qu’il s’est accaparées dans la zone de Punta Izopo (Triunfo de la Cruz) et dans la péninsule de Zacate Grande, sur la côte Pacifique. Pour comble, la corporation Dinant a bénéficié, dans le cadre du Mécanisme de Développement Propre du protocole de Kyoto, de fonds multimillionnaires de la Banque mondiale, de la Banque Interaméricaine de Développement, du gouvernement britannique, d’EDF et du bailleur de fonds allemand DEG, pour l’expansion des plantations de palme africaine, censée contribuer à la réduction des émissions de carbone via la production d’hydrocarbures. Miguel Facussé avance lui-même l’argument selon lequel les agro-carburants constituent une alternative à la crise pétrolière. La culture de la palme africaine, systématiquement encouragée, dans la zone Nord, par l’Institut National Agraire, pourrait atteindre, selon le Secrétariat de l’Agriculture et de l’Elevage, les 160 mille hectares à la fin de l’année (contre quelques 105 mille il y a trois ans) aux dépens des cultures vivrières, de la sécurité alimentaire, des communautés locales et des forêts tropicales.
 
Dans la même perspective, le projet ONU-REDD (Réduction des Emissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des Forêts), lancé en 2008 suite à la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de Bali, sous l’égide de la Banque Mondiale, de la FAO, du PNUD et du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), géré par les gouvernements, entreprises et ONG de “conservation”, part de l’hypothèse que l’attribution d’une valeur marchande aux espaces forestiers est la condition nécessaire à leur préservation. Concrètement, il s’agit de récompenser les gouvernements, compagnies et propriétaires pour la réduction des émissions de CO2 liées à la déforestation et la dégradation des forêts. Les forêts sont ainsi considérées non comme des écosystèmes mais des stocks de carbone, ce qui permet d’inclure les plantations dans le mécanisme de subventions et d’émission de crédits-carbone – et d’encourager ainsi la déforestation, de même que la spéculation commerciale sur les crédits d’émission et l’accaparement des terres (conséquences observées dans les projets pilotes en Papouasie Nouvelle-Guinée, en Indonésie et en Afrique centrale). Les projets REDD et REDD+ (ce dernier incluant le carbone des sols et de l’agriculture – donc, potentiellement, les cultures transgéniques) ne prennent pas en compte la vision des communautés locales, menacent leurs territoires et méconnaissent le droit à la consultation préalable, libre et informée (CPLI) desdites communautés. Ils méprisent et ignorent du même coup les cultures et savoirs des peuples indigènes, la complexité des écosystèmes forestiers quant à la captation des eaux, la biodiversité, etc. – au profit d’une logique marchande qui, loin de solutionner le problème, ne fait que reproduire la déprédation capitaliste des derniers espaces naturels et de leurs ressources.

En Amérique centrale, le programme REDD/REDD+, en phase préparatoire, est administré par l’agence de coopération allemande Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ). En mars 2013, le Conseil Indigène Centraméricain (CICA) dénonçait dans une lettre ouverte “l’intolérance raciale et la discrimination” des procédures du programme. Au Honduras, l’Organisation Fraternelle Noire Hondurienne (OFRANEH), le Conseil d’Organisations Populaires et Indigènes du Honduras (COPINH – fédération lenca), ainsi que des représentants des fédérations miskito, tawahka, chorti et tolupane, ont dénoncé les fausses procédures de consultation et de cooptation de “leaders communautaires” et manifesté leur rejet de toute application du programme sur les territoires communautaires qu’ils défendent à l’ensemble des institutions promotrices et participantes – dont l’ONG Rainforest Alliance et l’agence américaine USAID.
Les programmes REDD et REDD+ représentent la tentative d’inclure les forêts tropicales dans les marchés d’émission – dont l’inefficacité pour combattre le réchauffement climatique n’est plus à prouver – dans des contextes nationaux dont les niveaux de corruption font craindre l’intromission des milieux du crime organisé, déjà fortement implantés à tous les niveaux de l’Etat et de l’économie. Surtout, ils ne sont qu’un aspect des politiques d’accaparement et d’exploitation des biens communs, via l’octroi systématique de concessions territoriales. En mai 2013, sans le moindre débat, les députés du Parti National au pouvoir ont adopté un contrat d’exploration pétrolière avec la transnationale anglaise BG International Limited (BGI) pour plus de 35 mille kilomètres carrés sur le territoire maritime de la Mosquitia. Via le Secrétariat des Ressources Naturelles (SERNA) et la Commission pour l’Alliance Public-Privé (COALIANZA), les concessions minières et hydroélectriques ont été émises par dizaines, au bénéfice des transnationales et de l’oligarchie nationale et au détriment des communautés locales et du cours des rivières, conduisant à l’expropriation des terres, à la privatisation des eaux et, à terme à l’assèchement des zones humides et à une aggravation de la vulnérabilité aux catastrophes naturelles.


Sur le fleuve Patuca, second d’Amérique centrale, qui court sur quelques 500 km de la cordillère centrale à la Mosquitia, trois méga-projets de barrage ont été confiés, en 2010, à la multinationale chinoise SINOHYDRO. La zone littorale atlantique et la zone occidentale sont particulièrement affectées par la multiplication des concessions minières et hydro-électriques. La construction de barrages est encouragée par les bailleurs de fonds internationaux au titre de l’énergie renouvelable, et les critères de réduction d’émission de CO2 autorisent la vente ultérieure de crédits-carbone. Le barrage d’Agua Zarca (entreprises DESA et SINOHYDRO), sur la rivière Gualcaque, communauté de Río Blanco, dans le département d’Intibucá, a ainsi bénéficié de fonds de la BCIE (Banque Centraméricaine d’Intégration Economique) et de la Banque Commerciale et Financière Hondurienne FICOHSA, laquelle en novembre 2012 a passé contrat pour 20 millions de dollars avec PROPARCO, groupe de l’Agence Française de Développement dédié au financement de projets privés d’énergie renouvelable. Face à l’opposition constante de la communauté de Río Blanco, appuyés par le COPINH, militants des droits de l’homme et observateurs internationaux, la zone a été militarisée. Le 15 juillet, Tomás García, militant du COPINH, a été tué par balles par l’armée sur les lieux de la mobilisation. Un procès a été intenté à l’encontre de Berta Cáceres, coordinatrice générale du COPINH, de Tomas Gómez Membreño et d’Aureliano Molina, également membres de la direction du COPINH, pour “coaction” (délit vaguement défini par le Code pénal comme l’agissement de “qui sans y être légitimement autorisé empêcherait autrui de faire ce que la loi n’interdit pas (…) que ce soit juste ou injuste”) et dommages à l’entreprise. Le 20 septembre, le tribunal de La Esperanza ordonné une peine de prison préventive dont l’application reste en suspens. L’avocat de Berta, Tomas et Aureliano, Victor Fernandez, membre du Mouvement Ample pour la Dignité et la Justice (MADJ), est lui-même objet d’une plainte similaire dans l’affaire de Nueva Esperanza, où l’entreprise Minerales Victoria, liée au groupe Inversiones EMCO, fait régner la terreur dans la communauté – au point de séquestrer, le 25 juillet dernier, deux observateurs du Programme d’Accompagnement International au Honduras (PROAH). Le groupe de construction EMCO, propriété de Lénir Pérez, gendre de Miguel Facussé, a récemment étendu ses activités à l’exploitation de l’oxyde de fer le long du littoral atlantique. Le 25 août, dans le département de Yoro, trois indigènes tolupanes ont été assassinés par des tueurs à gage alors qu’ils participaient à une mobilisation contre l’exploitation illégale du bois et de l’antimoine sur les terres ancestrales de la tribu de San Fransisco de Locomapa.

Le coup d’Etat du 28 juin 2009 a déchaîné une vague de violence et de répression qui se traduit par les exécutions ciblées et la persécution judiciaire des activistes qui défendent la souveraineté du peuple hondurien et le droit des communautés sur leurs territoires et luttent pour une refondation du pays où les principes de justice sociale et d’autonomie des communautés noires et indigènes aient force de loi. L’effondrement de l’Etat de droit et des institutions publiques et la criminalisation des mouvements sociaux, dans un climat d’impunité totale et de dictature civile du Parti National dont la majorité au Congrès piétine sans hésiter le principe de séparation des pouvoirs (cas de la destitution des juges de la Cour Suprême ayant voté l’inconstitutionnalité des charter-cities ou ciudades modelos – le seul juge s’étant prononcé pour ayant été nommé Procureur général de la République le 31 août dernier, tandis que Rigoberto Cuellar, ex-ministre de la SERNA, était nommé procureur adjoint) afin d’asseoir sa domination au service des oligarques nationaux et des entreprises multinationales lancés dans une guerre ouverte pour le contrôle des terres et des ressources du pays, où, ainsi que dans l’ensemble du sous-continent, les communautés paysannes, noires et indigènes ont le plus à perdre et payent le prix fort, sous couvert d’un maquillage social ou écolo-participatif dérisoire qui ne fait que souligner le cynisme d’un système dont le seul objet – la maximisation des profits à court-terme – est incompatible avec le simple respect de la vie et des principes élémentaires de justice.
Pour en savoir plus


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